Apres Petrole Episode 1 Smr


L'APRÈS-PÉTROLE Épisode 1 : Les SMR



Introduction

Le pétrole. Cette formidable source d’énergie (simple à transporter, intensité énergétique élevée) nous a permis de nous développer à une vitesse extraordinaire depuis la révolution industrielle. Si bien qu’aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, toute notre civilisation en dépend. Retirez du jour au lendemain tout le pétrole sur Terre, et c’est tout notre système qui s’effondre. Les transports maritimes et aériens en sont dépendants à 100 %, et les transports terrestres le sont à 98 %. Sans parler de la pétrochimie, de l’industrie…

Nous avions déjà évoqué le sujet sur notre site internet, et cela fera sûrement l’objet d’une future vidéo : bientôt, l’offre de pétrole risque de sa tarir. Cette situation est connue sous le nom de « pic pétrolier ».

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Ce « pic pétrolier », a savoir le moment à partir duquel l’offre de pétrole commence à décroître, se plaçant de manière pérenne sous la demande, pourrait avoir lieu, selon certains spécialistes dont l’Agence Internationale de l’Énergie d’ici 2030. A noter que les prédictions demeurent assez variables et emplies d’incertitudes, la date de ce futur pic pétrolier étant régulièrement repoussée.

Pour faire face à la raréfaction des ressources, mais aussi pour gagner la lutte contre le réchauffement climatique, la substitution du pétrole dans notre mix énergétique est un enjeu civilisationnel. Mais disposons-nous de substituts efficaces ? A quoi pourrait ressembler une société sans pétrole ? Comment faire ? Comment se passer du pétrole tout en conservant notre confort de vie ? C’est à ces questions que nous essaierons, à travers cette nouvelle série, de répondre. Nous essaierons ici de dresser le portrait de ce à quoi pourrait ressembler une société post-pétrole écomoderniste et ambitieuse.

Les SMR

Pour le premier épisode de cette série de vidéos, nous avons choisis de traiter le sujet du nucléaire, et plus précisément celui des SMR.

Les SMR : Qu'est-ce ? Quels sont les avantages ?

Alors tout d’abord : qu’est-ce qu’un SMR ? SMR est le sigle pour « Small Modular Reactors », « Petits Réacteurs Modulaires » en français. Comme leur nom l’indique, il s’agit de réacteurs nucléaires miniaturisés.

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De plus faible puissance (de 10 à 300MW) et de plus petite taille que les réacteurs nucléaires habituels, leur intérêt réside dans le fait qu’ils soient construits à la chaîne en usine puis livrés sur site. Cela permet de diminuer drastiquement les coûts et les délais de construction, tout en réalisant des économies d’échelle grâce au caractère modulaire standardisé des SMR et à l’industrialisation de leur construction.

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Installation de 4 SMR

Il serait également possible de construire des centrales nucléaires en assemblant plusieurs SMR : la centrale pourrait donc commencer à produire alors qu’elle est encore en construction (permettant par la même de rentabiliser au plus vite les investissements initiaux). Une production plus vite assurée, c’est moins d’intérêts donc un coup plus faible.

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Les SMR seraient particulièrement utiles pour alimenter en énergie propre (car le nucléaire est une énergie propre, nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir dans une future vidéo) des sites isolés, des petites et moyennes villes, ou encore des sites de dessalement de l’eau de mer ou de production d’hydrogène par électrolyse de l’eau. Ils pourraient également être utilisés pour pallier à l’intermittence des sources renouvelables comme l’éolien ou le photovoltaïque.

En bref, les avantages sont nombreux, et l’idée paraît ingénieuse.

Quid de la sécurité ?

Mais qu’en est-il alors de la sécurité de telles installations ? Tout d’abord, le passage à des réacteurs de faible puissance entraînerait forcément une diminution de l’impact d’un hypothétique accident sur l’installation.

Ensuite il y a actuellement plus de 50 designs de SMR dans le monde, et tous s’appuient sur les dernières exigences de sûreté des grandes centrales.

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En outre, la petite puissance des SMR représente un atout en matière de sécurité. En effet, plus la puissance du réacteur est faible, plus la puissance résiduelle (la chaleur produite par le cœur postérieurement à l’arrêt de la réaction) est faible. La faible puissance du réacteur, et donc de la puissance résiduelle n’aurait donc pas la capacité thermique de faire fondre la cuve, ce qui rendrait inutiles les systèmes de gestion hors cuve (réduisant au passage les coûts).

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Aussi, la faible puissance des SMR permettent d’utiliser des systèmes de refroidissement « passifs ».

En outre, les cuves et l’enceinte de confinement sont régulièrement présentées comme immergées. Là encore, cela améliore la gestion des accidents. Enfin, leur faible taille réduisant le nombre d’éléments, le nombre de problèmes à considérer est diminué (on pourrait simplifier le tout en disant « moins de tuyaux, donc moins de problèmes de tuyauteries »)

Quant à la gestion des déchets radioactifs, elle se fait de la même manière que pour un réacteur normal.

Est-ce que ça existe déjà ?

Des réacteurs nucléaires miniatures existent déjà, en effet. C’est par exemple le cas de l’Akademik Lomonosov, première centrale nucléaire flottante russe couplée au réseau électrique en décembre 2019.

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Il ne s’agit pas là d’une nouvelle technologie. Dès les années 60, l’armée américaine avait déjà réussi à embarquer un mini réacteur nucléaire de 10MW, le MH-1A sur un navire pour la somme de 17 millions de dollars.

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Néanmoins, il n’existe pas encore de « SMR » tels que décrits auparavant à proprement parler. Cependant, de nombreuses entreprises s’intéressent au sujet. Parmi elles on retrouve TechnicAtome, au sein d’un partenariat français soutenu par l’état français, qui entend construire d’ici 2030 un SMR de 200MW. Ce dernier pourrait permettre l’alimentation énergétique de sites isolés, mais également l’alimentation d’usines de dessalement d’eau de mer ou encore la production d’hydrogène.

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De même aux Etats-Unis, l’entreprise NuScale semble s’imposer comme une figure de proue du secteur. Elle développe un projet de réacteur de 2,7 mètres sur 20 mètres d’une puissance de 60MW.

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Le département de l’énergie américain pense que le réacteur NuScale pourrait être disponible sur le marché d’ici 2025.

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L’Utah Associated Municipal Power Systems (UAMPS) prévoit déjà de construire 12 réacteurs nucléaires NuScale indépendants. Construits en usine, ils seront ensuite livrés et assemblés sur le site choisi. NuScale prévoit d’achever le projet pour 2026.

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Ce pack de douze réacteurs NuScale produira 720MW d’électricité. Le prix du MW sera de 55 dollars.

Une installation NuScale à 6 modules pourrait produire environ 200 tonnes d’hydrogène par jour, soit une quantité suffisante pour alimenter environ 60 000 voitures à hydrogène. Un pack de 12 réacteurs NuScale pourrait répondre aux besoins en eau potable d’une ville comme Le Cap de 3,7 millions d’habitants (par dessallement de l’eau de mer).

Il existe aux Etats-Unis, beaucoup d’autres projets de SMR en cours de développement :

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La Russie, avec 18 projets de SMR à l’étude, est également un acteur majeur dans le domaine du SMR. L’Europe qui ne compte que 3 projets (dont 1 en France, cité précédemment) aurait tout intérêt à se développer autour de ce secteur qui risque de devenir hautement stratégique.

La question du coût

Au stade actuel, il serait illusoire d’évaluer les coûts réels des projets SMR une fois produits en série. Pour le moment, nous ne disposons pas d’assez d’informations pour pouvoir nous axer sur des prévisions réalistes. Toutefois, les acteurs de la filière semblent se mettre d’accord sur un point : le coût total de construction de kilowatt électrique se situerait autour de 4 000 euros. Cela placerait les SMR entre le charbon et les centrales nucléaires actuelles de troisième génération. Ces chiffres se basent sur l’hypothèse d’une installation de 20GW d’ici à 2035. Plus il y aura de SMR commercialisés, plus les coûts baisseront..

Conclusion

Ainsi voit-on que les SMR représentent beaucoup d’avantages. Si certaines solutions doivent encore être soulevées (industrialisation de la production, évaluation des coûts), les SMR pourraient jouer un rôle majeur dans une vaste transition énergétique. D’une façon générale, ils pourraient lourdement concurrencer l’utilisation des énergies fossiles dans la plupart de leur usage hors transport. Nous devrions voir les premiers modèles sur le marché d’ici à la fin de la décennie, et nous pourrons alors apporter des réponses plus précises aux questions qui restent encore en suspend. Si leurs avantages.

Nous ne doutons pas que le secteur sera amener à croître de manière phénoménale ces prochaines décennies, et nous suivrons cela de très près ! L’Europe, dans ce contexte, devrait se positionner pour essayer de faire face aux géants russes et américains, et ainsi se poser en acteur majeur d’un secteur qui risque de devenir extrêmement concurrentiel. Si l’efficacité des SMR étaient avérée, la décennie 2030-2040 pourrait être celle du renouveau du nucléaire.

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