Bonpote


Mini-billet critique : BonPote


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Récemment un blogueur du nom de @Bonpoteofficiel nous a bloqués sur Twitter. Il n'avait, semble-t-il, pas apprécié notre réponse à l'un de ses threads. Malgré notre ton toujours courtois et nos tentatives de débats auprès de lui, il n'a su que s'illustrer par une condescendance sans pareille.

Nous pourrions, comme nous le faisons dans la majorité des cas, l'ignorer. Mais au vue de la croissance de son audimat, il nous semblait important de revenir sur certaines de ses déclarations qui, selon nous, relève de la désinformation.

Puisqu'il nous accusera comme il l'avait déjà fait à la suite d'un simple thread factuel et non agressif d'appeler au harcèlement contre sa personne, quelques précisions s'imposent : nous n'approuverons aucune insulte à son égard, ni aucun comportement désobligeant. Nous l'attaquons ici sur le terrain des idées parce qu'il nous a tendu la perche.

""Plus de Croissance = plus de flux de transformation = plus d’externalités négatives, comme la pollution"

C'est ce qu'affirme bonpote dans un article intitulé "la croissance verte et le développement durable n'existent pas". C'est pourtant une affirmation mensongère. En 1955, l'économiste Simon Kuznets dans "Economic Growth and Income Inequality" déclarait que la croissance économique s'accompagnait d'une hausse des inégalités jusqu'à un certain point d'inflexion à partir duquel la croissance économique les réduisait. Ces travaux sont à l'origine de la courbe de Kuznets qui modélise cette relation.

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Plus récemment, des économistes ont appliqué la même logique à la détérioration de l'environnement, et il en est sorti qu'en effet, à partir d'un certain point la croissance économique s'accompagnait de la réduction de l'empreinte écologique. C'est notamment la conclusion de l'étude Investigation of environmental Kuznets curve for ecological footprint: The role of energy and financial development publiée en 2018 chez Elsevier par Mehmet AkifDestek et Samuel Asumadu Sarkodie, un économiste et un docteur en science environnementale. L'étude conclut bien : "The results of the estimator show that there is an inverted U-shaped relationship between economic growth and ecological footprint", validant alors le principe de la courbe de Kuznets. Tous ceux qui prétendaient que le découplage n'avait aucune validité empirique peuvent donc aller se rhabiller.

Il existe une multitude d'exemples pour illustrer le propos de l'étude en question. Il suffit par exemple de regarder l'évolution des émissions de dioxyde de carbone du Royaume-Uni, qui baissent drastiquement alors que durant cette même période leur PIB a augmenté. Dans l'élaboration de ce graphique sont prises en compte les émissions délocalisées. Tout cela invalide le propos de BonPote dans un autre article qui affirmait tout simplement "Plus de Croissance = plus de CO²".

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Il n'y a d'ailleurs pas que dans les émissions de carbone que le principe de la courbe de Kuznets s'illustre. En France, malgré la croissance économique, la qualité de nos forêts ne cesse de s'améliorer et la superficie boisée de grandir. C'est également le cas pour la biodiversité.

Les pays pauvres, disposant de moins de technologies, vont disposer de moyens plus rudimentaires pour se développer : chasse intensive d'animaux sauvages, agricultures sur brûlis, extension des terres agricoles par déforestation… Tant de choses dont peuvent se passer les pays développés. De même, dans les pays développés, la croissance (et notamment l'arrivée sur le marché de véhicules plus propres) a permis d'améliorer considérablement la qualité de l'air.

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Chaque année, des chercheurs de l'université de Yale et de Columbia classent les pays du monde en fonction de leur indice de performance environnementale (assainissement, surpêche, consommation d'eau, ozone dans l'air, nitrates dans l'eau, particules, efficacité énergétique..). Il en ressort que les pays aux meilleur scores sont tous des pays développés (la France est numéro 2, précédée de la Suisse).

A l'inverse une économie en décroissance s'accompagnerait inévitablement d'une croissance des externalités négatives. C'est quelque chose que nous expliquions déjà dans une tribune. Le modèle décroissance comprend en effet de nombreuses impasses : mise en pratique presque impossible, conséquences mortifères et difficulté dans une telle situation à décarboner notre économie en développant une industrie bas-carbone et à adapter nos sociétés aux conséquences du réchauffement climatique. En effet, la construction de centrales nucléaires, de véhicules électriques, ou encore l'électrification de notre industrie sont des éléments qui à la fois supposent et génèrent de la croissance. A l'inverse, une décroissance économique favoriserait les biens et services les moins coûteux, qui ne sont que rarement les plus écologiques.

En bref, l'affirmation de BonPote selon laquelle la croissance s'accompagnerait d'une hausse des externalités négatives relève purement et simplement de la désinformation. Il omet de préciser la relation de causalité bidirectionnelle entre la croissance économique et l'empreinte écologique. Sa réaction lorsque nous lui avons présenté ces faits, ces chiffres et ces études laisse peu de place à l'hypothèse d'une erreur de bonne foi.

"En 2019, Noël, c’était le 29 juillet : date à laquelle la Terre a épuisé toutes ses ressources naturelles de l’année".

Affirme par la suite BonPote toujours dans ce même article reprenant les données du très médiatisé jour du dépassement. Mais encore une fois, l'interprétation qu'il en fait est mensongère. En effet, le jour du dépassement n'indique en rien le moment à partir duquel nous aurions consommé toutes les ressources naturelles générées en une année.

C'est là encore le propos d'une étude scientifique publiée dans la revue PLOS Biology intitulée "Does the Shoe Fit? Real versus Imagined Ecological Footprints". Il y est révélé que cinq des six mesures qui composent l'empreinte écologique sont en réalité relativement à l'équilibre ou excédentaires et que seules les émissions de carbone de l'humanité étaient déséquilibrées de manière substantielle, ce qui suggère qu'il n'y a pas d'épuisement des terres cultivées, des pâturages ou des forêts.

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On se rend tout de suite compte de la tromperie dans l'interprétation de BonPote : on ne parle pas ici d'utilisation de ressources naturelles mais d'émissions de carbone non compensées par la nature (non captées par les forêts, notamment).
Donc ce n'est pas du tout une question de ressources qui viendraient à manquer. Il s'agit quasiment exclusivement d'une question d'émissions de carbone et de captation de carbone. Le jour du dépassement provient dans son immense majorité d'un déséquilibre entre les émissions de dioxyde de carbone et leur captation.

Il est donc faux d'affirmer, comme le fait BonPote, que le jour du dépassement serait le jour où l'humanité aurait "épuisé toutes ses ressources naturelles de l'année". Encore une fois sa réaction devant nos messages laisse peu de place à l'erreur de bonne foi.

Et tant d'autres !

Ce ne sont pas les seules erreurs dans le propos de BonPote. Nous avions déjà, comme énoncé en introduction, eu l'occasion d'en citer quelques uns dans un thread sur Twitter. Nous y reviendrons prochainement dans notre futur article critique du rapport Meadows, dans lequel nous citerons les nombreuses incohérences et erreurs d'un rapport que BonPote estime pourtant être "la meilleure analyse financière jamais faite depuis que l’économie est une science" (rien que ça). Il n'est également pas à exclure que nous éditions cette page à l'avenir pour compléter notre critique.

Nous espérons vivement que cet article l’amènera à corriger son travail, bien que nous en doutions fortement. S'il désire nous répondre, nous serions ravis à l'idée d'organiser un débat avec lui. Nous le rappelons également ici : cet article ne doit pas être une excuse pour harceler BonPote, seulement pour prendre du recul par rapport à son discours et pour éventuellement lui faire réaliser ses erreurs si elles étaient en réalité de bonne foi.

Si vous avez des questions l'équipe de Construire l'Avenir se porte entièrement à votre disposition !


UPDATE : à la suite de cet article, Bon Pote a publié une réponse sur Twitter.

Nous lui avons nous-mêmes répondu intégralement ici. Cela clôt, vraisemblablement, le débat.


Fuanu et Damien Conzelmann




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