Contre Collapsologie Episode 2 Eau


CONTRE-COLLAPSOLOGIE Épisode 2 : Allons-Nous Manquer D'Eau ?



L'eau potable est la ressource la plus importante de toutes. Dans cette deuxième vidéo de notre série sur la « contre-collapsologie », nous traiterons le sujet d'une hypothétique pénurie d'eau potable.

Combien d'eau potable sur Terre ?

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A première vue, ce concept peut sembler étonnant. La Terre n'est-elle pas la « planète bleue » ? Si la l'eau recouvre bel et bien 72 % de la surface du globe, 97,2 % de cette eau est salée. L'eau douce, quant à elle représente 2,8 % du volume global. Parmi ces 2,8 % d'eau douce, 2,1 % est stockée sous la forme de glaces ou de neiges permanentes. L'eau douce utilisable par l'humanité pour sa consommation ne représente que 0,7 % du volume total d'eau sur Terre. Cela inclut les cours d'eau, les réservoirs naturels ou artificiels, ou les nappes d'eau souterraine, ces dernières représentant la moitié de ces 0,7 %. Cela équivaut environ à 98 millions de milliards de litres d'eau. La question du partage de cette ressource et de l'évaluation du réalisme de l'hypothèse d'une pénurie d'eau à venir au niveau mondial dans une population grandissante est donc primordiale.

Qu'en disent les collapsologues ?

Beaucoup de collapsologues, comme Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans Comment tout peut s'effondrer expliquent que nous aurions déjà atteint les limites à partir desquelles la quantité d'eau potable disponible ne suffirait plus à l'approvisionnement de l'humanité en eau. Ils dénoncent l'irrigation intensive qui assécheraient de nombreuses rivières (comme la rivière Colorado, aux Etats-Unis). Les deux collapsologues expliquent également que l'eau des nappes phréatiques, qui prend des siècles à se constituer et à se purifier, est pompée largement au-delà de leur capacité de renouvellement et qu'elles ne pourraient bientôt plutôt plus subvenir aux besoins des populations qui en dépendent. La croissance démographique serait à l'origine de cette course en avant qui épuiseraient nos réserves, puisque la demande d'eau douce augmenterait chaque année de 64 milliards de mètres cubes.

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Les pénuries auraient tendance à se généraliser. Selon le Think Thank « World Ressources Institute », 17 pays consommeraient d'ores et déjà presque toute l'eau dont ils disposent. 45 pays sont déjà en état de pénuries.

Selon une étude publiée dans la revue Nature réalisée par des chercheurs néerlandais en collaboration avec l'International Groundwater Ressources Assessment Center (Igrac), chaque année les nappes phréatiques mondiales s'appauvriraient de 4km3 de plus que l'année précédente, et 20 % de ces nappes phréatiques seraient en situation de surexploitation. Tandis que leur qualité se dégrade souvent en raison de la pollution industrielle, par exemple, les ressources donc auraient plutôt tendance à sa raréfier. Le réchauffement climatique avec ses températures élevées et ses précipitations instables viendrait aggraver le problème. Mais qu'en est-il vraiment ?

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Doit-on craindre une pénurie ? Que faire ?

Mieux gérer nos ressources

S'il serait totalement faux de croire que d'ici 2050, la moitié de l'humanité mourra de soif (comme le sous-entendent certains articles aux titres aguicheurs), il ne faudrait pas sous-estimer l'importance de l'enjeu. Certaines populations pourraient à terme se retrouver de plus en plus souvent en situation de stress hydrique. Situations génératrices de conflits.

Pour autant, ne dispose-t-on pas de solutions ? Que pouvons-nous faire ? Quels sont les outils à notre disposition ?

Tout d'abord, comme nous avons pu le voir, le pompage d'eau dans les nappes phréatiques n'est pas toujours bien géré. Nous pouvons donc développer de meilleurs techniques de gestion de cette ressource : réduire les fuites dans les réseaux de distribution, améliorer le processus industriels (pour qu'ils gaspillent moins d'eau), mieux irriguer..

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Bruno Molle

Par exemple, la technique du goutte-à-goutte dans le secteur de l'irrigation permet de considérablement diminuer le gaspillage de l'eau potable, bien que cette technique ne soit pas toujours généralisable. On peut aussi imaginer, comme le propose Bruno Molle, ingénieur à l'Institut public de recherche en sciences et technologies pour l'environnement, de développer des systèmes de canons à eau qui se coupent lorsque le vent devient trop fort, ou même des systèmes capables de varier les niveaux d'arrosage en fonction de la qualité des sols ou des dénivellations.

En outre, les agronomes de l'INRA travaillent actuellement sur des semences plus résistantes à la sécheresse et donc devant être moins irriguées.

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Une retenue collinaire

Pour mieux gérer l'eau, des techniques de retenues collinaires sont envisagées. Il s'agit de capter l'eau de pluie pour la retenir dans ces retenues. L'idée étant d'avoir un appoint pour les moments de sécheresse durant l'été.

Le recyclage de l'eau est également amené à fortement se développer mondialement. L'eau usée ainsi recyclée peut par la suite être utilisée dans le cadre de processus industriels, ou dans l'agriculture. Les marges de progression sont importantes, puisque le recyclage ne représente aujourd'hui que 4 % des eaux usées urbaines collectées et traitées, soit 7 milliards de mètres cubes par an.

Le dessalement de l'eau de mer

Nous l'avions vu en introduction, l'eau douce ne représente qu'une très faible partie du total de l'eau sur Terre, la majorité de l'eau étant salée, et donc impropre à la consommation humaine comme à l'irrigation. Cependant, il ne faudrait pas omettre le fait que nous savons dessaler de l'eau de mer. D'ores et déjà, 0,2 % de l'eau douce consommée dans le monde provient du dessalement de l'eau de mer.

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Usine de dessalement de l'eau de mer à Perth, en Australie

En Australie, une seule usine permet ainsi d'alimenter plus d'un million de personnes en produisant plus de 143 000 mètres cubes d'eau par jour. L'usine utilise la technique de l'osmose inverse, un système de filtrage très fin qui ne laisse passer que les molécules d'eau. L'eau est par la suite enrichie pour être adaptée à la consommation humaine.

Si les détracteurs du dessalement de l'eau de mer lui reprochent le rejet dans la nature des eaux de saumure, celles-ci peuvent être ré-utilisées dans de nombreux domaines (industrie, sel de cuisine..). Il serait même possible d'en extraire de l'uranium (l'eau de nos océans contenant environ 3 milligrammes d'uranium par mètres cube d'eau), de même que de nombreuses autres ressources. Aussi, une usine de dessalement à Barcelone allège la salinité de la saumure qu'elle rejette grâce à celle, beaucoup plus douce, des eaux usées retraitées auxquelles elle est mélangée.

Le dessalement de l'eau de mer demeure donc une technique extrêmement intéressante, qui pourrait nous permettre de faire face à la hausse de la demande en eau potable en nous permettant d'utiliser enfin l'eau de mer. Un secteur qui, dès aujourd'hui, est en pleine croissance.

Consommation énergétique du dessalement

En utilisant des techniques d'osmose inverse, la consommation énergétique du dessalement varie entre 2,5 et 4 kilowattheures par mètres cubes d'eau douce produite. Sachant que le prix de l'eau en sortie d'usine via l'osmose inverse varie entre 0,4 et 0,8 euros le mètre cube.

Ainsi, si nous voulions approvisionner la France exclusivement en eau dessalée, nous dépenserions (dans l'hypothèse la plus pessimiste), 130Twh, soit environ 27,4 % de notre consommation électrique actuelle. Cela représenterait un peu moins de 4 centrales nucléaires comme celle de Cattenom.

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Évidemment, ce serait stupide de décider de ne s'alimenter qu'en eau dessalée. Mais cela permet de nous donner une idée des ordres de grandeur.

Dans l'industrie du dessalement de l'eau de mer, le principe des SMR prend tout son intérêt. Il s'agit de petits réacteurs nucléaires modulables, produits en usine et transportés sur site. Un pack de 12 SMR NuScale suffirait à répondre aux besoins en eau potable d'une ville comme Le Cap, de 3,7 millions d'habitants. Nous aborderons le sujet des SMR dans une très prochaine vidéo !

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Enfin, des solutions innovantes existent pour faire face à des situations très extrêmes de manque d'eau. Par exemple, la société AquaSciences commercialise un caisson standard qui dispose de sa propre source d'énergie (générateurs diesels et panneaux solaires), et qui permet de récupérer l'eau contenue dans l'air ambiant pour en faire une source potable. Le procédé peut fournir de l'eau potable à jusqu'à 5000 personnes par jour, et il a même fonctionné en plein désert. Il peut être très utile dans des situations extrêmes de sécheresse, de tremblements de terre, ou de tsunamis. De même, des bouteilles filtrantes existent pour les populations les plus défavorisées.

Conclusion

Ainsi voit-on que la question de la gestion de nos réserves d'eau potable n'est pas à négliger. Cependant, il ne nous semble pas justifié de penser que cela pourrait représenter, à terme, un risque civilisationnel et un risque lié à la survie même de l'humanité. Nous disposons en effet de très nombreuses solutions qui nous permettent à la fois de mieux utiliser nos réserves actuelles, mais aussi d'en exploiter de nouvelles (comme l'eau de mer).

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