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Théo Grosgeorge, 17 ans, futur étudiant à Dauphine ou Sciences Po Paris, est un lorrain passionné par les questions politiques, environnementales et sportives. Engagé pour l'environnement dans son lycée mosellan au sein d'une association lycéenne qu'il a fondé, il a créé en juin 2020 le mouvement « Sport Durable », destiné à promouvoir l'éco-croissance dans le monde du sport. Il aborde de façon scientifique et ambitieuse des sujets tels que les pelouses sportives, les matériaux des stades ou l'autonomie énergétique des infrastructures sportives.


Quels matériaux pour les infrastructures sportives de demain ?

Les stades sont le reflet du niveau de développement des pays, et de leurs enjeux. La série documentaire « Stades » de Canal + montre parfaitement ce phénomène. Le contraste entre le peuple Uros du lac Titicaca, jouant au foot sur des terrains provisoires en roseaux écrasés et les jeunes chinois, évoluant sur des toits de centre commerciaux, est profond.

Dans les racines du sport moderne, les stades côtoyaient les reliefs naturels. Le stade du Fort Carré d'Antibes, hôte de la coupe du monde 1938, était composé de tribunes bâties directement sur des collines.

Dans les années 70, le béton devient roi. Le parc des princes, rénové en 1972 sous sa forme actuelle, en est le parangon.

Mais face aux limites environnementales de ces matériaux, n'est-il pas envisageable de transformer nos habitudes de construction, et d'ouvrir ainsi une nouvelle ère ?

Le béton dans les infrastructures sportives

Avant toute chose, résumons le processus de fabrication du béton.

Le béton est produit à partir de composants comme le ciment (à 10%), du sable, du gravier et de l'eau.

Le ciment, lui, est composé à 80% de calcaire et 20% d'argile. L'exploitation du calcaire a des conséquences sur la croissance des plantes environnantes, et peut stériliser une flore localisée. De plus, elle provoque le rejet de poussières, à l'origine de maladies respiratoires. Le transport de ces matières premières par des poids lourds participe aussi au rejet de gaz à effet de serre.

Mais la pollution la plus notable réside dans le processus de production du ciment, à l'origine de 7% des émissions mondiales de CO2. Le mélange de calcaire et d'argile se produit dans des fours hautement chauffés (1450°C) grâce à des flammes de 2000°C. Pour aboutir à cette combustion, des carburants fossiles sont utilisés (diesel, essence, kérosène), rejetant du CO2. On estime à 656 kg la quantité de CO2 émise pour 1 tonne de ciment produite.

Le béton participe donc au réchauffement climatique par émission de gaz à effet de serre. En sachant qu'un m3 de béton est constitué de 350kg de ciment, on peut dire que le stade de France a nécessité plus de 63 000 tonnes de ciment pour sa construction. Soit plus de 41000 tonnes de CO2 dans l'environnement, c'est-à-dire l'équivalent de l'empreinte carbone de 500 000 Indiens pendant un mois.

Ainsi, bien que le béton permette de construire de magnifiques stades accueillant des événements de prestige, il concerne l'immense majorité des infrastructures sportives françaises. Chaque kilomètre de gradin créé nécessite 1000 m3 de béton, et en plus des murs des vestiaires composés de béton, chaque enceinte créée provoque la construction de parkings et routes composés du même matériau.

Un autre défaut directement lié au réchauffement climatique concerne également le béton. En effet, bien qu'il absorbe la chaleur la journée, celle-ci se dissipe très lentement et est évacuée principalement la nuit. Ainsi, les nuits de canicules dans les villes sont tout sauf des instants de répit pour les citadins. Construire des stades en béton, infrastructures aux larges dimensions, participe donc à ce phénomène.

Le béton dans sa forme actuelle est une limite aux ambitions environnementales des États, et il est nécessaire de repenser la place des matériaux des stades.

Une solution émergente : le béton recyclé

Le béton, certes nocif pour l'environnement par sa fabrication, présente des avantages. Sa longévité est réelle : la durée de vie d'une structure en béton est de 150 ans, pour des coûts faibles (95 euros la tonne de ciment).

Mais l'avantage principal du béton est la possibilité de le recycler. Si l'industrie cimentière s'est engagée à réduire de 80% ses émissions de CO2 d'ici 2050, c'est notamment en investissant dans le recyclage de béton. « Grâce aux travaux menés et à l'implication de chacun, le béton recyclé, méconnu il y a quelques années encore, est aujourd'hui appréhendé et maîtrisé comme peuvent l'être les bétons classiques utilisés depuis plusieurs décennies. ». C'est sur ces mots que François de Larrard, directeur scientifique du projet national Recybeton (2012-2018), affirme que le béton recyclé est tout aussi performant que l'ancien, et invite les constructeurs à se tourner vers des constructions de seconde vie et les acteurs de la déconstruction à privilégier le recyclage au lieu des centres d'enfouissement. Toutefois, les normes européennes interdisent un taux de béton recyclé de plus de 30% dans les nouveaux bâtiments, bien que des entreprises ont développé des techniques de construction à 100% (Poullard notamment).

Ainsi, il ne serait pas impossible de rêver de stades composés de béton recyclé, surtout quand on pense que 20 millions de tonnes de déchets de béton sont produits chaque année en France, et que seul 8% du béton utilisé en France provient du recyclage. Pour systématiser ce processus, il faudrait multiplier les centres de recyclage dans les aires urbaines, pour inciter les déconstructeurs à les solliciter, et surtout espérer une ouverture des normes et une recrudescence des investissements dans le recyclage du béton. L'usage de ce matériau serait ainsi durable et son transport localisé, des emplois seraient créés et les carrières de calcaire laisseraient place à des centres de recyclage.

Le recyclage du béton constitue donc beaucoup d'espoirs, que ce soit socialement, économiquement et écologiquement, et notons que même si cette filière est mineure dans la production nationale, elle reste très récente (à peine une décennie d'existence). Ainsi, dès que le recyclage du béton sera plus systématisé, il serait cohérent et judicieux d'imposer aux clubs sportifs une part de béton recyclé dans leurs futurs projets d'infrastructures.

Le bois, une solution envisageable ?

Le bois constitue en outre une alternative au béton. Non seulement il s'agit d'un matériau primaire, non transformé, mais ses ressources sont sensées être inépuisables. D'ailleurs, le Forest Green Rovers, club de 4e division anglaise, projette de construire un stade de 5 000 places entièrement constitué de bois.

Ainsi, bien que la solution du bois soit coûteuse (280 euros la tonne) et sa longévité plus faible que le béton (100 ans), il s'agit de l'alternative la plus écologique au béton.

On estime que chaque m3 de bois présent dans une construction correspond à une tonne de CO2 en moins dans l'atmosphère. De plus, il existe du bois écologique provenant de forêts durables, et ne provoquant nulle déforestation dans l'absolu. En effet, contrairement aux forêts équatoriales, les forêts européennes augmentent en superficie, de l'ordre d'un hectare toutes les 4 secondes (c'est-à-dire 40m3 de bois en plus par seconde). En ce qui concerne la disponibilité des ressources, bâtir des infrastructures en bois ne pose donc pas de problème.

De plus, les structures en bois, fabriquées en amont des chantiers, s'assemblent rapidement, rendant la durée de construction courte. Les infrastructures sportives, constamment soumises aux enjeux économiques, nécessitent en effet une construction rapide.

En outre, le bois répond aux enjeux énergétiques, dans la mesure où il est 12 fois plus isolant que le béton. Bien qu'il soit coûteux dans les frais directs, il entraîne par la suite des économies non négligeables. Et lors des périodes de canicule, le bois réagit quasi-instantanément à la chaleur contrairement au béton : il évacue de sorte plus rapidement la chaleur après les vagues de hautes températures, et sert de bouclier aux étés caniculaires.

En ce qui concerne la surface habitable, en moyenne, les infrastructures en bois augmentent de 8% les espaces disponibles grâce à la faible épaisseur de ses parois.

Enfin, détrompez-vous, les bâtiments en bois ne sont pas des bûches faciles à brûler : la conductivité thermique du bois est 10 fois inférieure à celle du béton, et permet à la structure de ne pas s'écrouler lors d'incendies, contrairement aux autres matériaux. Et le bois est certainement le meilleur matériau pour insonoriser les enceintes sportives.

Mais les infrastructures sportives en bois sont-elles une utopie parmi tant d'autres ?

Et bien non…enfin pas totalement. Même si les stades de football en bois ne font pas partie de notre paysage quotidien, les infrastructures sportives mineures sont régulièrement constituées d'ossatures en bois, notamment les courts de tennis. Les JO 2021 de Tokyo seront aussi une vitrine de ce matériau ambitieux, avec l'Ariake gymnastic center, arena de gymnastique pouvant accueillir 12 000 spectateurs et composée de 2300 m3 de bois.

Mais le développement de la filière bois est réelle dans les grands terrains de sport (football notamment). Au Québec, un projet ambitieux de stade couvert par une toiture en bois (Stade TELUS) a été lancé au sein l'université de Laval, et le résultat est convaincant sur le plan esthétique. En France aussi, à Nice, l'Allianz Riviera, stade de 35 000 places, a une charpente mêlant bois (4 000 m3) et métal. Enfin, comme nous l'avons souligné précédemment, un stade constitué intégralement de bois est en projet dans l'Ouest de l'Angleterre (futur stade des Forest Green Rovers).

En résumé, le bois semble se développer dans les infrastructures sportives françaises, surtout dans les plus petites d'entre elles. En effet, leurs besoins en bois sont plus faibles, donc la facture moins élevée, et des économies à long termes sont envisageables grâce aux performances énergétiques. L'avenir du bois semble donc être ensoleillé pour les gymnases et courts de tennis. Mais les grands stades entièrement composés de bois ne semblent pas être pour demain, à cause des forts investissements nécessaires. Il serait donc pertinent d'envisager un compromis entre bois et béton recyclé. En effet, la mixité bois béton est de plus en plus présente dans les nouveaux bâtiments, car elle concilie les avantages du bois et les bas coûts du béton.

La transition dans les matériaux des infrastructures réside donc dans la création de législations européennes et gouvernementales pour les clubs professionnels pour favoriser l'inclusion des matériaux précédemment listés dans les nouveaux projets, dans des subventions nationales pour les clubs amateurs et dans la promotion des avantages des matériaux durables auprès des acteurs du sport.

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Allianz Riviera

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Projet stade Forest Green Rovers

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Parc des princes

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Stade telus

Par Théo Grosgeorge, fondateur du mouvement « sport durable » et membre Construire l'Avenir




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