Interview Laurent Alexandre


Notre entretien avec Laurent Alexandre


Construire l'Avenir eu l'occasion de s'entretenir une heure au téléphone avec Laurent Alexandre. Nous lui avons posé les questions qui nous ont été le plus soumises par nos membres et lecteurs sur Twitter et Discord.

Si nous avons des points de désaccords avec Laurent Alexandre, il nous semblait intéressant d'essayer de voir ce qu'il y avait derrière cet homme à la vie médiatique si sujette à controverses.


Voici notre entretien :



Qui est Laurent Alexandre ?


Laurent Alexandre est le fondateur de Doctissimo.fr. Arès des études de médecine, une carrière de chirurgien-urologue et de neurobiologiste, il intègre Sciences Po, HEC, sort diplômé de l'ENA et commence à travailler sur les bouleversements que va connaître l'humanité conjointement aux progrès des biotechnologies et de l'intelligence artificielle.

Il écrit plusieurs livres sur ces thèmes. Par exemple :

  • La Mort De La Mort, en 2011
  • La Guerre des intelligences, en 2017
  • l'IA va-t-elle aussi tuer la démocratie, en 2019, en collaboration avec Jean-François Copé

Il est éditorialiste et intervient dans plusieurs journaux, notamment dans L'Express avec sa tribune "Demain sera vertigineux".

Il réalise également de nombreuses conférences et intervient régulièrement à la télévision ou à la radio.

Depuis peu, il combat le mouvement de la collapsologie et de la théorie de l'effondrement dans lequel il voit un danger pour le développement de l'Europe et sa stabilité politique.

Il dirige aujourd'hui la société DNAVision, société de séquençage ADN.


Retranscription de l'entretien


L'ancien ministre de l'écologie, reconverti à la collapsologie, Yves Cochet, est récemment intervenu dans l'émission Quotidien pour parler de l'effondrement du monde moderne et prôner une économie de rationnements. Selon vous, qu'est-ce qui alimente la popularité des thèses collapsologues et décroissantistes en ce moment ? y voyez-vous une réelle menace, en particulier pour l’Europe ?

Laurent Alexandre : La montée en puissance des collapsologues est totalement inattendue, personne ne l’a prévue. On imaginait plutôt une victoire des thèses techno-progressistes en ce début de 21ème siècle. On n’imaginait pas le retour vers les thèses prophétiques de fin du monde. C’est la grande surprise des années 2015-2020. On imaginait un combat entre les transhumanistes et les bioconservateurs. L’opposition est en réalité plus complexe.
Face aux bio-progressistes on a un pôle bio-réactionnaire (anti mariage gay, anti PMA…) et un second pôle qui prophétise la fin du monde. L’éclatement des réactionnaires en deux pôles, les collapsologues et les bio-réactionnaires, est quelque chose de totalement inattendu.
J’y vois une menace pour l’Europe. Pendant que la jeunesse se concentre sur l’arrivée de la fin du monde, on assiste à un basculement incroyablement rapide des équilibres géopolitiques et géoéconomiques. La Chine devient effectivement la première puissance mondiale et l’Europe continue à couler technologiquement. Les prophéties apocalyptiques détournent les populations européennes du vrai combat qui est de sauver la place de l’Europe dans le monde de demain et d’éviter un effondrement du pouvoir d’achat. La collapsologie finit par rendre la décroissance souhaitable sans se rendre compte que la décroissance en Europe conduirait à des phénomènes révolutionnaires. La baisse du pouvoir d’achat des classes populaires conduirait en effet à des révolutions extrêmement violentes. Les collapsologues jouent avec le feu d’un point de vue géopolitique et d’un point de vue politique.

Vous, comment voyez-vous le monde d’ici 2050 ? D’ici 2100 ?

Laurent Alexandre : A la lumière de ce que l’on observe depuis quelques mois, avec la montée du courant collapsologique, on peut imaginer l’arrivée de très fortes tensions d’ici 2050 et 2100. Avec d’un côté l’émergence de technologies démiurgiques qui fabriquent Homo Deus, et dans le même temps des pulsions apocalyptiques, et l’attente de la fin du monde. La conjonction de l’arrivée d’Homo Deus d’une part, et de pulsions mortifères et apocalyptiques de l’autre, est potentiellement explosive pour les pays occidentaux.
Peut-on endiguer la montée en puissance du sentiment collapsologique ? Ce n’est pas simple. Les élites politiques sont globalement irresponsables et ont une très faible culture scientifique. On a vu les déclarations insensées de Ségolène Royal sur le fait que le cancer du sein était lié aux pesticides. On est à un niveau de nullité technologique, de mensonges politiques qui inquiète quant à notre capacité de gérer tous les enjeux technologiques et politiques ; c’est-à-dire les enjeux techno-politiques, car au 21ème siècle la politique va être de plus en plus fusionnée avec une technologie galopante.

Selon vous, la théorie de l’effondrement pourrait-elle devenir, en ce sens, une prophétie auto-réalisatrice ?

Laurent Alexandre : La collapsologie peut effectivement être une prophétie auto-réalisatrice. Si on soutient la décroissance, qu’on baisse le pouvoir d’achat des classes populaires, on va être confrontés à des problèmes sociaux très graves, on va assister à une vassalisation technologique de l’Europe qui va être foudroyante. On pourrait donc effectivement avoir des phénomènes sociaux graves et de déstabilisation. On est à un moment où il faut faire attention. Les collapsologues pourraient entraîner le collapse, si on les écoute.

Une croissance infinie est-elle possible, selon vous ? Nos ressources ne sont-elles pas limitées ?

Laurent Alexandre : Je pense que nos ressources sont quasi-illimitées, si on regarde au delà du prisme de la Terre, et que les ressources naturelles pourront être recyclées très fortement dans les siècles qui viennent, y compris en ce qui concerne des matériaux pour lesquels nous ne disposons pas encore de technologies suffisantes. Je ne pense donc pas que nous soyons confrontés à un problème du côté des ressources. A court terme il est compliqué d’aller chercher des métaux dans les astéroïdes, mais nous trouverons très probablement les technologies dans quelques décennies. Je ne pense donc pas que nous soyons limités par les matières premières et globalement, dans les siècles qui viennent, on va être confrontés à une amélioration du ratio richesses produites sur consommation de matières premières. On va augmenter, dans le futur, la quantité de richesses que l’on peut produire avec une même quantité de métaux ou d’énergie. Je ne pense donc pas que nous ayons besoin d’être malthusiens. Bien sûr se pose une question philosophique derrière : l’homme peut-il avoir une croissance illimitée à très très long terme ? Au regard de la taille de notre galaxie, je pense que l’on peut dire que l’on peut avoir une croissance très forte, pendant très longtemps, et que nous ne manquerons ni d’énergie ni de matières premières.

Selon-vous, le capitalisme est-il un bon système ?

Laurent Alexandre : Le capitalisme a plein de défauts. Mais le marxisme était une horreur écologique. L’Union Soviétique avait, avec les pays de l’Est comme la Tchécoslovaquie, la plus faible efficacité énergétique au monde, la plus forte consommation d’énergie par unités de richesses produites. Les directeurs d’usine n’avaient aucun intérêt à diminuer les matières premières ou l’énergie qu’ils consommaient. Donc d’un point de vue écologique, économique, ou politique avec l’absence de libertés, les modèles alternatifs qui ont été présentés comme le marxisme n’ont pas été très convaincants. Aujourd’hui il reste des pays qui ne sont pas capitalistes comme le Venezuela ou la Corée du Nord. Je n’y vois rien de très jouissif ni de très souhaitable. Je pense donc qu’il vaut mieux, comme on le fait depuis plusieurs siècles, améliorer le modèle capitaliste, plutôt que de demander à la Corée du Nord de nous donner son modèle politique.

La collapsologie n’est-elle qu’une théorie biaisée, fantaisiste, voire dangereuse et destructrice ? Ne nous permet-elle pas, en les soulignant, de s’interroger sur les failles de nos systèmes ?

Laurent Alexandre : Tout contre-pouvoir intellectuel est intéressant. Les collapsologues nous interpellent sur les dynamiques d’effondrement. Mais en réalité je pense que le côté négatif de la collapsologie est important car les collapsologues ne sont pas uniquement des analyseurs des dynamiques d’effondrement, ils proposent des solutions. Qui sont des propositions illibérales, malthusiennes, et anti-progrès.
Une fois que l’on est partis vers la diminution de la liberté, on ne s’arrête plus : on va réduire les voyages, on va réduire la consommation… Certains écologistes proposent que l’on interdise le streaming vidéo, que l’on interdise les vidéos pornos, que l’on interdise Netflix, parce que cela consomme de l’énergie. On voit très vite que si l’on écoutait les collapsologues, on rentrerait dans un régime inégalitaire (les membres de l’élite ne seraient évidemment pas concernés par les restrictions en question). On rentrerait très vite dans un monde très moche, très triste, très étriqué, qui serait épouvantable pour les classes populaires. Personnellement j’y vois un nouveau cauchemar totalitaire

Le réchauffement climatique vous fait-il peur ? Ou est-ce que vous pensez que la technologie va tout régler ?

Laurent Alexandre : Je n’ai jamais été climato-sceptique. Je pense effectivement que la Terre se réchauffe. Nous avons en réalité une illusion d’optique : ce n’est que depuis 1990 que la température sur Terre est au-dessus de l’optimum médiéval, les mesures d’augmentation de la température ayant commencé entre 1850 et 1880, période qui était alors un point bas dans les températures, puisque c’était la fin de ce que l’on a appelé “le petit âge glaciaire” qui a commencé au seizième siècle. Nous sommes donc dans une phase de réchauffement. Mon sentiment en regardant les différents scénarios des experts est que l’on se dirige vers un réchauffement à +2 ou +3°C au 21ème siècle, ce qui aura des conséquences gérables. On ne connaît aujourd’hui pas les technologies dont on disposera dans la deuxième moitié du 21ème siècle. J’ai la conviction que des technologies vont permettre d’infléchir le réchauffement climatique. Personnellement je ne suis pas très inquiet. Si l’on prend par exemple la montée des eaux, le scénario médian du GIEC aujourd’hui se situe autour de +30 à +60 centimètres au 21Ième siècle. Le scénario catastrophe c’est un mètre et 10 centimètres au 21Ième siècle. Il ne faut pas oublier que depuis 18 000 ans, la hausse des océans a été en moyenne de 66 centimètres par siècle. Nous restons donc dans une moyenne sur longue période. Je pense que si nos ancêtres ont réussi à supporter 66 centimètres par siècle, et 4 mètres par siècle, il y a 15 000 ans avec des silex, à l’ère de l’intelligence artificielle on devrait pouvoir supporter 60 centimètres.

Parmi les technologies contre le réchauffement climatique auxquelles vous faites référence, pensez-vous à la géo-ingénierie ?

Laurent Alexandre : La géo-ingénierie me paraît être une perspective à relativement long terme. C’est compliqué à implémenter, probablement coûteux en énergie. Je ne suis pas certain que l’on puisse faire de la géo-ingénierie à court ou à moyen terme. Je pense qu’il est plus raisonnable d’infléchir notre consommation d’hydrocarbures que d’envisager des solutions qui sont probablement à moyen-long terme et qui ne sont sans doute pas la meilleure solution si l’on veut commencer à infléchir les émissions de CO2 à partir de 2050.

Infléchir notre consommation d’hydrocarbures notamment via une électrification et une nucléarisation du monde ?

Laurent Alexandre : La baisse du CO2 peut, en dehors de la décroissance qui serait mortifère sur le plan social et politique, prendre deux formes. Soit on augmente la part d’énergie nucléaire et hydraulique, mais ce n’est pas adapté à tous les pays (certains pays n’ont pas beaucoup de rivières, ne sont pas encore capables technologiquement de développer cette technologie ou font face à une opposition anti-nucléaire virulente), soit on se repose sur les énergies renouvelables. On doit pouvoir, d’ici la fin du siècle, être capables de stocker l’énergie solaire. Cela sera bien plus long que ce que les gens pensent car le stockage de l’électricité est un processus très laborieux qui passe par l’utilisation de batteries très loin d’être écologiques et disposant d’une faible durée de vie. Mais je pense que d’ici la fin du siècle nous serons capables d’associer à l’hydraulique et au nucléaire des énergies renouvelables grâce au stockage. Aujourd’hui les énergies renouvelables ne servent à rien dans les pays disposant d’un grand nombre de centrales nucléaires comme la France, compte tenu de leurs intermittences. Mais à plus long terme le jour où le stockage marchera, ce qui n’est pas pour demain matin, on devrait pouvoir également réduire nos émissions de CO2 en s’appuyant sur les énergies renouvelables intermittentes.

Sur le sujet du stockage, ne voyez-vous pas dans le stockage hydraulique (STEP) ou le stockage hydrogène des solutions intéressantes ?

Laurent Alexandre : Le stockage par STEP (stations de transfert d’énergie par pompage) fonctionne bien. On l’utilise déjà ; nous disposons en France d’un potentiel d’à peu près 5000 MW. Mais on ne peut démolir toutes les montagnes en installant des bassins de retenue partout. Les écologistes eux-mêmes ne l’accepteraient pas.
Quant au stockage par hydrogène, ce que l’on appelle le Power-to-Hydrogen-to-Power (P2H2P), le coût est rédhibitoire et, lors des deux étapes, nous sommes confrontés à une perte très élevée (pour fabriquer de l’hydrogène et refabriquer de l’énergie derrière). Aujourd’hui c’est une technologie en apparence séduisante mais qui se trouve être dans une impasse économique au moins pour les vingt à trente prochaines années.

Pourquoi être si critique à l’égard de Greta Thunberg ? Son action ne permet-elle pas de sensibiliser la jeunesse autour du réchauffement climatique ?

Laurent Alexandre : Je suis très inquiet des discours apocalyptiques car quand on fait naître le Grand Moineau, le Savonarole, on sait où ça commence mais on ne sait pas où ça s’arrête. Donc jusqu’où va aller la dynamique qu’a enclenchée Greta Thunberg ? On peut imaginer des terroristes verts, des actions violentes… A force d’expliquer aux gens que la fin du monde approche on va créer des désespérances. Il peut y avoir des suicides de masse dans les années qui viennent. Donc je pense que paniquer les gens sur un mode très sadique : “Je veux que vous paniquiez”, est très négatif. Je pense que les inconvénients du discours de Greta Thunberg sont bien plus importants que ses avantages.

D’aucuns vous accusent de harceler Greta Thunberg, et de vous acharner sur elle. Que pensez-vous de ces accusations ?

Laurent Alexandre : A partir du moment où Greta Thunberg est devenu un personnage médiatique mondial ses parents l’exposent aux critiques politiques. Bien sûr ses parents et son entourage, qui l’instrumentalisent, l’ont choisie justement car elle a des fragilités psychologiques et psychiatriques. Ils pensent que sa maladie en fait un bouclier. Ils veulent la rendre inattaquable. Greta Thunberg n’a pas été choisie au hasard, on le sait, elle a été choisie en Suède par des gens qui ont un agenda, qui sont très dépendants du lobby des industries vertes. Il s’agit d’une opération de manipulation, et pas du tout d’une opération spontanée. Greta Thunberg est devenue une star malgré elle. Elle a été construite par des “spin doctor” qui l’ont choisie à dessein. Ses parents en ont donc fait un objet politique. Ses parents et son entourage se servent de sa maladie et de sa fragilité. Cela la conduit à être soumise à une pression très forte, beaucoup plus forte que ce qu’elle ne peut supporter. On a vu dans quel état elle était, au bord de l’effondrement, lors de son débat à l’ONU. Les coupables ne sont pas les gens qui attaquent son message politique mais ses parents et son entourage qui l’instrumentalisent pour un combat politique ou financier.

Vous répétez souvent que la France est l’un des pays qui produit le moins de CO2 par unités de richesses produites. Mais n’est-ce pas parce que nous faisons produire une grande partie de nos biens à l’étranger ?

Laurent Alexandre : Non car lorsque l’on regarde à l’échelle de l’Europe, notre balance commerciale est équilibrée, c’est-à-dire que nous exportons autant que nous importons. Certains biens sont produits hors d’Europe, avec donc une émission de carbone délocalisée, mais inversement des produits sont exportés d’Europe. L’Europe supporte donc également une émission de CO2 pour des produits qu’elle ne consomme pas. Donc globalement ça s’équilibre. Lorsque l’on objecte à ces chiffres la production délocalisée, on oublie qu’il y aussi une production pour le compte de pays tiers qui se fait sur notre continent. Il faut compter dans les deux sens, et non que dans un sens. Quand on assemble un Airbus à Toulouse, par exemple, du CO2 est produit en France, alors que le produit est souvent exporté.

L’AIE estime qu’un pic pétrolier aura lieu en 2025, selon la conjoncture actuelle. Pensez-vous que le pic pétrolier représente une menace certaine pour nos sociétés modernes ?

Laurent Alexandre : J’attends avec impatience l’effondrement de la production d’hydrocarbures. Hélas, elle n’arrive pas ! Depuis que je suis tout petit on annonce le pic pétrolier : tous les 10 ans il est repoussé de 10 ans. Hélas, le pic pétrolier, le peak oil, n’arrive pas. C’est bien parce qu’il n’y a pas de baisse des réserves significatives que le pétrole continue de ne rien valoir. Le pétrole est extrêmement économique aujourd’hui. Si nous étions à la veille d’une pénurie le baril de pétrole serait déjà à 200, 300, 500, 1000 voire 2000 dollars le baril ! Le fait que le pétrole soit très peu coûteux prouve bien qu’il reste encore beaucoup de réserves.
Les hydrocarbures émettant beaucoup de CO2, il serait souhaitable de moins en utiliser. Mais le pétrole est quasi gratuit. N’oublions pas que si l’on retire les taxes qui sont très importantes, 60% en France sur l’essence, un litre d’essence à la pompe n’est pas beaucoup plus cher qu’un litre d’eau minérale pétillante. Alors qu’un litre d’essence permet de transporter 5 personnes, avec leurs bagages, sur 20 kilomètres. Les produits pétroliers, disposant d’une puissance absolument phénoménale, valent extrêmement peu cher. Nous n’allons donc pas manquer de pétrole demain matin. Il serait souhaitable que nous disposions de moins d’hydrocarbures. Cela nous conduirait à émettre moins de CO2. Mais nous n’en sommes pas là.
Le discours des écologistes est d’ailleurs parfois paradoxal : à la fois ils prédisent un effondrement civilisationnel lié à une pénurie mondiale d’hydrocarbures mais en même temps ils expliquent que le réchauffement climatique sera gravissime car nous allons continuer d’émettre de plus en plus de CO2. Il faut savoir. En réalité, lorsque nous regardons froidement les chiffres, une pénurie de pétrole dans les années qui viennent est assez peu probable. Nous allons donc sûrement continuer d’émettre graduellement du CO2 parce que le pétrole va continuer à être relativement peu coûteux dans les années qui viennent ce qui est une mauvaise chose pour une transition énergétique efficace.

Pensez-vous que l’on arrivera à respecter les engagements de l’accord de Paris ?

Laurent Alexandre : Je pense que ce sera difficile de respecter intégralement les accords de Paris car la technologie permettant de diminuer les émissions de CO2 n’est pas encore là, peu de pays possèdent du nucléaire et de l’hydraulique à grande échelle, et les énergies renouvelables intermittentes ont un impact très faible sur la baisse du CO2 car leur intermittence fait que pendant les nuits sans vent, il faut bien allumer des centrales à gaz quand on ne dispose pas de centrales nucléaires ou de barrages.
Avec la croissance très forte en Asie (notamment du Sud avec l’Inde qui va dépasser les 1.5 milliards d’habitants) et l’explosion démographique en Afrique qui va, elle, dépasser les 4 milliards et demi d’habitants d’ici la fin du siècle, il est peu probable que l’on réussisse à respecter parfaitement les accords de Paris.
C’est donc pour cela qu’il faut se préparer aux conséquences du réchauffement climatique, notamment en protégeant certains pays avec des digues comme le font les Pays-Bas depuis toujours. Il ne faut pas oublier que la province du Flevoland en Holland, qui comporte 400 000 habitants, a une altitude moyenne de -5 mètres en dessous du niveau de la mer et descend jusqu’à -14 mètres. Cela prouve que l’Homme est capable de se protéger contre la hausse du niveau de la mer puisque, même dans les scénarios les plus apocalyptiques, le GIEC ne prévoit pas plus de trois mètres d’augmentation du niveau de la mer d’ici 2300.

Si nos engagements seront sûrement compliqués à respecter, pensez-vous qu’un réchauffement de 7°C est probable, ce qu’une étude française estime comme le scénario le plus pessimiste ?

Laurent Alexandre : Les auteurs du scénario à +7°C ont eux-mêmes précisé qu’il est extrêmement improbable et qu’il s’agit d’une expérience de pensée. Si l’on était sur une trajectoire à 7°C, nous infléchirions plus vite les courbes. Là on fait comme si il n’y aurait pas de réactions face aux scénarios les plus extrêmes s’ils devaient se produire, ce qui est insensé. N’oublions jamais qu’en 1895 le Times s’affolait que Londres serait invivable en 1920 car il y aurait plusieurs mètres de crottins de cheval dans les rues. Cette prédiction a été faite six mois avant la première automobile qui a donc remplacé le cheval et supprimé le crottin de nos rues. Si nous étions sur une trajectoire à +7°C, ce qu’aucun climatologue sérieux ne croit possible, bien sûr que nous agirions et que nous ne nous laisserions pas plus submerger par le réchauffement climatique que les londoniens ne l’ont été par le crottin de cheval.

Sur un tout autre sujet, pensez-vous vraiment que l’Homme qui vivra 1000 ans est déjà né ?

Laurent Alexandre : Je pense que des formes dégradées d’immortalité sont possibles à relativement court terme. D’arriver à transférer une partie de sa conscience, de ses savoirs, dans des ordinateurs me semble accessible avant la fin du siècle. De vivre plus longtemps me paraît accessible à partir de la deuxième moitié du siècle. Dans La mort de la mort, j’expliquais que je ne croyais pas à des progrès significatifs sur l’espérance de vie avant 2050, c’est-à-dire avant 30 ans, parce que les technologies ne sont pas matures. Mais je pense qu’à partir de 2050 on peut voir une accélération des technologies anti-vieillissement.
Qu’est-ce que ça signifie en terme d’espérance de vie ? Quelqu’un qui naît aujourd’hui, s’il vit aussi longtemps que Jeanne Calment par exemple, avec la technologie du 20ème siècle (puisque Jeanne Calment ne bénéficiait pas de la technologie du 21ème siècle ou du 22ème siècle), peut arriver jusqu’en 2145, à peu près. Avec la technologie du 22ème siècle on peut penser que cette espérance de vie pourrait être significativement plus longue. Pourquoi pas 200 ans ? C’est-à-dire de quoi arriver au début du 23ème siècle. Une fois arrivés au 23ème siècle il est possible que l’on puisse aller plus loin encore et disposer d’espérances de vie de plusieurs siècles.
Donc oui, quelqu’un qui naît aujourd’hui va statistiquement avoir de grandes chances de connaître le 22ème siècle. On estime qu’autour de 50% des gens qui sont aujourd’hui vivants vont atteindre une centaine d’années, donc vont atteindre un 22ème siècle dont on pense que les technologies médicales pourraient être extrêmement avancées. Il est donc possible que parmi les gens qui naissent aujourd’hui il y en est qui aient des espérances de vie très longues non pas grâce aux technologies d’aujourd’hui mais à celles du siècle suivant. Et puis il est possible que l’on ait des formes d’immortalité numérique dégradées qui ne soient pas des formes d’immortalité biologique (supposant le maintien de notre corps) un petit peu plus tôt.
Est-ce qu’il est souhaitable de transférer une partie de ses pensées dans un ordinateur pour avoir l’illusion d’être immortel ? Je ne suis pas sûr. Mais technologiquement cela ne me paraît pas extrêmement compliqué au cours du 21ème siècle.

Êtes-vous transhumaniste ? Le transhumanisme vous fait-il peur ?

Laurent Alexandre : Il y a peu de temps j’ai publié un papier “Suis-je transhumaniste ?”. Je me fait insulter par les transhumanistes. Des articles extrêmement sévères ont été publiés par la Société Française des Transhumanistes sur moi. Et puis d’un autre côté les bioconservateurs, la manif pour tous, etc me considèrent comme un dangereux transhumaniste. Je suis donc à la fois attaqué par les transhumanistes et les bioconservateurs. Alors suis-je transhumaniste ? Je ne sais pas. Je me considère plutôt comme un progressiste (en matière de moeurs je suis à l’évidence un progressiste, étant favorable au mariage pour tous et à la PMA pour tous). En revanche je ne saurais dire si je suis un transhumaniste. Je sais simplement que je ne suis pas un bioconservateur ou un bioréactionnaire.
Est-ce que l’idéologie transhumaniste va conduire à des moments vertigineux ? Comment va-t-on gérer les pouvoirs démiurgiques que l’on va avoir ? Ce sont là des questions bien difficiles. D’autant plus que, comme je le disais tout à l’heure, on observe une montée en puissance extrêmement forte des mouvements collapsologiques et que l’Homme reste un animal mû par des pulsions assez violentes et porteur de testostérone. Comment fait-on quand un Homo Deus détient des pouvoirs démiurgiques mais garde un cerveau modelé par la testostérone et qu’en même temps il y a des activistes qui annoncent la fin du monde ? Ce mélange entre Homo Deus et la collapsologie est potentiellement explosif et va sans doute être un des points chauds du 21ème siècle.

Peut-on imaginer une sorte de "sélection naturelle" entre les transhumanistes et les bioconservateurs ?

Laurent Alexandre : Aujourd’hui il n’y a plus de sélection naturelle. Presque plus personne ne meurt avant la puberté. Presque plus personne ne meurt avant l’âge d’avoir des enfants. La sélection Darwinienne traditionnelle a donc heureusement été supprimée par l’Etat Providence.
Cependant en raisonnant à moyen terme, si des gens acceptent la promesse transhumaniste tandis que d’autres la refusent, les premiers seront majoritaires. Si d’un côté des Hommes vivent 1000 ans pendant que les bioconservateurs meurent toujours à 85 ans les transhumanistes deviendront majoritaires par le simple fait de l’augmentation de l’espérance de vie. C’est mécanique : des individus vivant 1000 ans et faisant des enfants tous les 50 ans seront rapidement majoritaires face aux descendants de la manif pour tous.

Le transhumanisme peut-il être un outil pour réduire les inégalités intellectuelles ou, au contraire, ne les aggraverait-il pas ?

Laurent Alexandre : Il s’agit en réalité de la question de l’impact des neurotechnologies. Vont-elles servir à aider les gens moins doués ? Notamment si l’on interdit leur utilisation aux gens les plus doués. Ou au contraire les élites intellectuelles ne vont-elles pas être les premières à avoir accès à ces nouvelles technologies d’augmentation cérébrales ? C’est une immense question mais une autre se cache derrière. On ne peut pas exclure que les neurotechnologies fonctionnent mieux chez les gens déjà plus intelligents. On ne peut pas exclure que les neurotechnologies d’augmentation fonctionnent mal, ou en tout cas moins bien, chez les gens moins doués. Il est donc possible que les technologies d’augmentation aggravent les écarts individuels entre les gens initialement moins doués et les gens plus doués.

Vous affirmez que l'école est dépassée. Comment peut-elle s'améliorer ?

Laurent Alexandre : Tout le problème c’est que l’on ne sait pas, justement. Aujourd’hui l’école n’arrive pas à régler les inégalités intellectuelles. Et elle ne sait pas non plus préparer les jeunes générations à la gestion de la complexité. Nous sommes dans un siècle qui va beaucoup bouger ; l’école doit apprendre aux jeunes générations à gérer, à assumer la complexité du monde. Toutes les études montrent que l’école ne sait aujourd’hui pas diminuer les inégalités intellectuelles. Elle sait faire plein de choses : apporter une certaine culture, apporter des valeurs, apprendre des savoirs et des savoir-faire. En revanche elle ne sait pas réduire de façon significative les inégalités intellectuelles. Ce qui est pourtant important dans une économie de la connaissance où l’on n’a moins besoin qu’avant de gens moins doués. Que peut-on faire ? Nous n’avons aujourd’hui pas de technologies pour améliorer la productivité de l’école. L’école personnelle ne marche pas encore (ce que l’on appelle l'adaptive learning). Il s’agit d’un concept extraordinairement intéressant mais qui n’a pas encore prouvé sa supériorité par rapport aux méthodes traditionnelles. Apprendre aux enfants à coder ne fonctionne pas, il y a très peu d’enfants qui savent coder. Les digital natives ne sont ni plus intelligents ni mieux adaptés au monde que les séniors, contrairement à ce que l’on a raconté. Le concept de digital natives est une escroquerie intellectuelle.
On ne dispose donc pas aujourd’hui d’outils pour moderniser l’école. On peut donner plus ou moins de moyens à l’école mais cela n’a que peu d’impact. Le dédoublement des classes de CP a entraîné une amélioration extrêmement faible du niveau des enfants qui en ont bénéficié : 0,1 écart-type en moyenne (entre 0,08 et 0,13 d’écart-type), ce qui est extrêmement faible pour des enfants qui sont autour de -3 écart-type en terme de capacités cognitives. Donc même en mettant en place des moyens importants on ne modifie que très marginalement le niveau des enfants. La réalité, mais c’est le grand tabou en France, c’est que les enfants ne sont pas des pages blanches, l’école ne part pas tabula rasa, les différences génétiques entre les enfants sont importantes et l’école ne sait pas aujourd’hui réduire les conséquences de ces inégalités neuro-génétiques entre les enfants : l’intelligence, la capacité à bien lire, sont fortement génétiques comme des tas d’auteurs l’ont démontré en étudiant des cohortes de jumeaux, comme Robert Plomin à King’s college, à Londres.
Nous sommes donc face à des décennies difficiles. Les inégalités intellectuelles sont graves dans une économie de la connaissance. Elles entraînent la perte de beaucoup de gens dans la nouvelle économie. Et nous ne savons pas comment les réduire. D’autre part, si demain des technologies d’augmentation cérébrale arrivaient, il est extrêmement peu probable qu’elles puissent marcher chez des gens adultes qui disposent déjà d’un câblage neuronal construit. Il est probable que ces technologies fonctionnent beaucoup mieux chez des enfants lors de la formation des synapses. On risque donc d’avoir, pendant des décennies et des décennies, un stock de personnes en difficulté et on risque de voir la prophétie d’Harari, “des dieux et des inutiles”, hélas, se réaliser. Avec d’un côté des dieux devenant maîtres dans l’économie de l’intelligence artificielle et de l’autre les gens moins favorisés qui seraient placés par des élites politiques égoïstes au revenu universel jusqu’à leur mort. Bien sûr, c’est un cauchemar politique. Mais puisque nous ne disposons pas aujourd’hui de technologies éducatives pour réduire les inégalités intellectuelles il est probable que cette solution soit choisie par la classe politique : moderniser l’école, trouver les moyens qu’elle réduise enfin les inégalités intellectuelles serait infiniment plus difficile que de donner à 30, 40, 50 ou 60% de la population un revenu universel en attendant leur mort.

Le travail va-t-il connaître des bouleversements dans les années à venir ? Pensez-vous comme certains que le chômage va exploser de par l'automatisation de la production et le développement de l'intelligence artificielle ?

Laurent Alexandre : Les prédictions sur l’évolution du travail sont extrêmement variables. On a vu des gens qui prédisaient une perte de 40% des emplois en Angleterre. Certaines études montrent qu’au contraire l’intelligence artificielle pourrait augmenter l’offre d’emploi. Je suis fondamentalement un schumpétérien, c’est-à-dire que je ne crois pas à la fin du travail. Je pense que l’on va inventer une multitude de métiers. Je ne crois pas à une explosion du chômage. En revanche je pense que l’on risque de voir une augmentation des écarts de revenus car les gens les plus doués seront plus utiles dans une économie de la connaissance que les gens qui ont moins de facilités intellectuelles.
C’est tabou et absolument pas politiquement correct de le dire mais ça me paraît être une évidence : les polytechniciens par Harvard auront un plus gros revenu et plus de satisfaction personnelle en 2045 que les Gilets Jaunes.

La France peut-elle encore rattraper son retard, face à la Chine et aux GAFA, ou est-elle condamnée à devenir une colonie technologique ?

Laurent Alexandre : La France ne peut pas rattraper son retard technologique. On peut espérer, au niveau européen, rattraper une petite partie de notre retard face à la Chine et aux Etats-Unis. Mais il faut être lucide : le plan Villani c’est 200 millions par an et il n’est même pas opérationnel. Le seul budget de recherche d’Amazon c’est 30 milliards par an. Il est donc peu probable qu’avec des bouts de ficelles nous parvenions à faire mieux que la Californie et la Chine à l’échelle européenne. Et il est pathétique de le penser à l’échelle française.
Donc l’Europe peut ,si elle se mobilise extrêmement fortement dans les années qui viennent, espérer rattraper une partie de son retard d’ici 2050. Mais cela sera extrêmement difficile. Et cette difficulté est largement sous-estimée par la société et les hommes politiques, et l’est également par les décisionnaires à Bruxelles.

La montée en puissance des GAFA vous fait-elle peur ?

Laurent Alexandre : Je suis moins inquiet de la montée en puissance des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) que de celle des BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Les GAFA sont relativement régulés, issus de pays démocratiques. Ils m’inspirent en réalité peu d’inquiétudes. La régulation du Big Data et de l’intelligence artificielle va prendre des décennies. En 2050, cette régulation ne sera pas encore stabilisée. Je pense que si la société civile se mobilise et réfléchit à ces sujets on va progressivement arriver à une régulation intelligente des géants de l’intelligence artificielle.

Elon Musk a plusieurs fois fait part de ses peurs quant au développement de l'intelligence artificielle et à une prochaine "extermination de l'humanité". Pensez-vous que ce scénario est réaliste ?

Laurent Alexandre : Il faut regarder objectivement ce qu’il s’est passé depuis 10 ans. En 2011, le deep learning, qui est une technique que nous connaissions depuis plusieurs décennies, s’est mise à fonctionner de mieux en mieux grâce à l’augmentation des bases de données et à l’augmentation de la puissance informatique. On a vu en quelques mois une multitude de réalisations extraordinaires des intelligences artificielles dites “connexionnistes”, basées sur le machine learning. Tout le monde a été surpris par ces réalisations : la reconnaissance d’images, la conduite, la lecture d’images radiologiques, la lecture d’un fond d’oeil, la recherche de cancers de la peau. Très rapidement on a constaté des progrès extrêmement forts de l’intelligence artificielle de type deep learning. A partir de 2014-2015 cette croissance du deep learning était devenue tellement spectaculaire que des gens ont pensé que ces intelligences artificielles allaient, grâce au deep learning, être capables d’acquérir une conscience artificielle donc de devenir des intelligences artificielles “fortes”. Cela a conduit Bill Gates à dire “je ne comprends pas que les gens n’aient pas peur”, Elon Musk à dire “les intelligences artificielles risquent de nous traiter comme nous traitons nos animaux domestiques”.
En réalité en regardant les choses froidement, et nous avons maintenant quasiment une décennie de recul par rapport au renouveau du deep learning, on se rend compte que ce dernier a permis à l’intelligence artificielle de faire des choses extraordinaires (cela va continuer). En revanche il n’y a toujours aucun progrès vers une conscience artificielle.
La peur d’un Elon Musk ou la peur d’un Bill Gates au milieu de la décennie paraissent des erreurs d’analyse liées à la forte croissance du deep learning qui a fait imaginer que nous étions dans une phase d’explosion y compris vers une IA forte. Mais ce n’est pas le cas. Il n’y a toujours aucun progrès vers l’IA forte. On reste donc dans une situation où nous devons gérer les problèmes sociaux et économiques liés au développement de l’IA faible mais il n’y a toujours pas de Terminator devant nous. Il s’agit juste d’une illusion d’optique que des gens très intelligents ont eu vers 2015.

Vous ne pensez donc pas qu'une IA forte qui parviendrait à développer une conscience d'elle-même serait possible ?

Laurent Alexandre : Il n’y a pas le début du commencement d’un progrès en IA forte ! Il n’y a pas le début du commencement vers la conscience artificielle ! On est peut-être à des siècles de l’IA forte. Peut-être. Ou quelques décennies, je ne sais pas. Mais en tout cas il n’y a pas de chemin direct pour le deep learning vers l’IA forte comme Bill Gates et Elon Musk l’ont pensé en 2014-2016.
C’est une erreur qu’ils ont commise. Une erreur que l’on peut comprendre aujourd’hui. Les gens ont été tellement stupéfaits du progrès du deep learning qu’ils ont, finalement, surestimé ce que l’IA pouvait devenir et surestimé son cheminement vers l’IA forte. Il est d’ailleurs passionnant de voir cette erreur qui a été faite. Elon Musk est un peu “fou-fou” mais Bill Gates est un homme extrêmement raisonnable, extrêmement sage. De voir comment il a pu se tromper sur l’IA forte au milieu de la décennie est quelque chose de très intéressant. Cela démontre d’à quel point notre myopie technologique est forte et d’à quel point nous avons du mal à prédire le futur technologique. Je trouve cela passionnant : l’explosion du deep learning a fait croire aux gens qu’il se passait quelque chose sur l’IA forte alors qu’il ne se passait rien. Sur la décennie 2010-2020 il n’y a rien eu. Aucun progrès en IA forte ou en conscience artificielle. Et nous en sommes très loin.

Vous êtes parfois critiqué pour votre "rhétorique du buzz". Acceptez-vous ce qualificatif ? Y voyez-vous un moyen de donner de la visibilité à vos idées à l'instar du député Joachim Son-Forget ? Ou, au contraire, réfutez-vous ce terme ?

Laurent Alexandre : Je ne suis pas encore au niveau de mon ami Joachim. Je ne me filme pas avec un sabre laser. J’ai des prises de positions qui sont parfois clivantes mais je ne suis pas provocateur, je ne dis que ce que je pense. Je ne dis jamais quelque chose pour être provocateur, je ne dis que des choses auxquelles je crois. Souvent je crois à des choses différentes de la majorité. Il y a notamment en ce moment un grand pessimisme vert et je ne suis pas pessimiste. Il y a une admiration de Greta Thunberg et je suis un opposant à Greta Thunberg même si je n’ai pas sa notoriété.
Mais je ne suis pas clivant pour être clivant, je suis clivant par convictions.

Certains contestent votre légitimité scientifique sur des sujets comme l'intelligence artificielle ? Que répondez-vous ?

Laurent Alexandre : J’ai été contesté sur le thème de l’IA par des développeurs informatiques parce que je ne suis ni informaticien ni codeur. Mais mon objectif n’est pas de me mettre à coder du Python ou du Ruby demain matin.
Je suis un analyste multidisciplinaire des conséquences de la technologie. J’essaie de faire le lien entre le droit, la géopolitique, l’économie et la technologie. Cela m’a permis dans le passé de voir des tendances lourdes qu’aucun développeur n’avait vues. J’ai par exemple été en France le premier à voir la puissance que les GAFA allaient acquérir et la difficulté que nous aurions à les réguler. J’ai d’ailleurs fait des romans sur Google il y a plus d’une décennie. J’ai donc prévu la montée en puissance des géants du numérique, ce que la communauté de développeurs ne voyait pas. J’ai vu les problèmes politiques autour de l’intelligence artificielle alors qu’aucun développeur n’en parlait.
Mon but n’est donc pas de coder mieux que les codeurs mais de faire la synthèse entre des domaines que je connais, c’est-à-dire la technologie, le droit, la politique, la géopolitique puisque j’ai la chance d’avoir un regard très transversal de par les études très diversifiées que j’ai faites.
Je pense donc que cette critique n’a pas beaucoup de sens, je ne suis pas là pour piquer le boulot des spécialistes de l’intelligence artificielle. En revanche je peux leur apporter un éclairage qu’ils n’ont pas eu dans le passé. C’est-à-dire de voir les conséquences politiques, géopolitiques et sociales de leur discipline car ils sont souvent, un peu, le nez sur le guidon.




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