Reponse Absol 2


Billet de réponse à la deuxième partie de la série d'Absol sur l'effondrement





Nous avions répondu à la première vidéo d'Absol sur l'effondrement dans un précédent billet. Sa vidéo avait en effet mené à la création de Construire l'Avenir, étant donné que nous souhaitions donner du poids à notre vision ambitieuse et positive de l'avenir, qui tranchait (et tranche toujours) avec le discours ambiant.

Aujourd'hui, à l'heure où ces lignes sont tapées, sa deuxième partie vient de sortir. Il compte analyser rapidement (avec un regard pro-effondrement) "22 contre-arguments à la collapsologie".

De la même manière que nous avions répondu à sa première vidéo, nous allons répondre à la deuxième (d'autant plus qu'il nous cite) !

Nous n'aborderons ici que les arguments qui concernent l'analyse factuelle de l'analyse de l'effondrement. Ne serons pas donc abordés ses arguments de réponse aux climato-sceptiques, ou ses réponses aux critiques de surface de la collapsologie (le fait que les collapsologues souhaiteraient l'effondrement, qu'ils sont d'extrême-gauche, etc).

Allons-y !

Il y a toujours eu des prophètes de malheur et des fins du monde annoncées.

Comme nous l'avions dit, nous n'évoquerons que ses réponses aux arguments factuels qui nuancent scientifiquement la thèse collapsologique. Nous n'évoquerons donc pas sa réponse à ce contre-argument.

On nous annonçait déjà un effondrement en 1970 et il n’y a toujours rien eu.

Encore une fois, cela ne constitue pas une critique analytique des arguments de la théorie de l'effondrement mais une critique de surface. Quand bien même nous pourrions noter les propos affichés sur la croissance qui témoignent d'une vision de l'économie qui nous semble largement dogmatique. Le propos de Simon Weil affiché selon lequel l'expansion du capitalisme se heurtait vite aux limites de la Terre est, quoi que l'on pense du capitalisme, factuellement très critiquable et sans réel fondement. Nous aborderons le sujet de la croissance "verte et infinie" dans un prochain article !

Nous pourrions aussi préciser que le rapport Meadows, sur lequel se base Absol, est très discutable. Il fut très critiqué à sa parution (et encore aujourd'hui) car il n'intègre aucun indicateur économique, comme l'effet de rareté, partant ainsi du principe qu'aucune ressource n'est substituable ou recyclable.

De plus, ses prédictions ne correspondent pas à nos observations.

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Si ses prédictions étaient vérifiées, nous observerions déjà une baisse de la quantité de nourriture par habitant. Or, ce n'est pas ce que nous observons. De plus, aucun expert sérieux du sujet ne prédit cela pour les années à venir. Les conclusions du rapport Meadows sont donc erronées. Sans parler d'une simplification à outrance du système Terre.

Il n’y aura jamais un effondrement soudain.

Il n'y a pas grand chose à dire dans cette partie. Effectivement, un effondrement ne serait pas quelque chose de soudain, et Absol partage cet avis.

Certains collapsologues se sont trompés par le passé

Dans cette partie, nous pourrions revenir sur un texte affiché à l'écran qui comporte plusieurs erreurs ou imprécisions :

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Si nous critiquons les dates de prédiction de l'effondrement, évidemment, il serait bon de s'attarder sur les dates données par Absol sur les événements que notre génération connaîtra prétendument.

Si les propos sur le FMI, le pic pétrolier, ou le pic de charbon ne sont pas très intéressants, nous pourrions en revanche préciser que les prédictions autour du pic pétrolier (comme du pic de charbon) sont très imprécises. En effet, si certains estiment qu'un pic pétrolier pourrait avoir lieu dans peu de temps, d'autres craignent au contraire qu'il ait lieu trop tard et que nous ne cessions de brûler des hydrocarbures (engendrant les problèmes climatiques que l'on connait).

L'UNEP (Programme des Nations Unies pour l'Environnement). estimait ainsi que la production de pétrole devrait augmenter de 43 % d'ici 2040 et de plus de 47 % pour le gaz, rendant difficilement atteignable l'objectif de limitation du réchauffement climatique à deux degrés.
En outre, la baisse du TRE/EROI n'est pas toujours un indicateur pertinent de faillite du secteur pétrolier. Dès lors que la source d'énergie primaire est changée, ce "taux de retour énergétique" n'a plus de sens. Basiquement, pour extraire le pétrole conventionnel on a besoin d'une pompe. Pompe qui peut marcher à l'électricité, par exemple. Si l'on change d'énergie primaire, le TRE n'est alors plus un indicateur pertinent.
Il est alors possible d'utiliser des SMR (petits réacteurs nucléaires modulaires) pour exploiter des gisements à faible TRE (voire à TRE inférieur à 1). C'est ce que prévoit de faire la Russie, par exemple, avec des "centrales flottantes".

Il convient donc de nuancer les propos sur le pic pétrolier. Il est probable que la fin du pétrole doive être choisie, et non subie.

Il convient aussi de nuancer le propos selon lequel le pic de production des roches phosphatées mènerait à un effondrement. Nous avions déjà répondu à cette remarque dans notre précédent article :

De la même manière qu'une pénurie de pétrole, une pénurie de phosphore ne se produit pas du jour au lendemain, et les acteurs du milieux ont largement le temps de s'adapter [et le font, pour des raisons économiques évidentes].

Nous savons utiliser du phosphore recyclé, provenant de Mafor, des effluents d'élevage, des composts, des digestats de méthanisation, de cendres ou encore de biochars.

La recherche en biologie végétale devrait également favoriser les économies de matière.

En ce qui concerne l'urine humaine, elle est un excellent réservoir de phosphore, d'azote, et de potassium. Elle pourrait donc être réutilisée à grande échelle dans l'agriculture dans le cas d'un plan de recyclage mondial.

Enfin, la transgénèse apparaît comme une approche encourageante également. Certains scientifiques ont mis au point des plantes capables de développer davantage leur système racinaire et ainsi, récupérer plus de phosphate provenant du sol.

Pour ce qui est des réserves mondiales de lithium, le chiffre avancé par Absol (10 ans) est tout simplement faux.

Nous évoquions ce sujet dans notre article sur la décarbonisation du transport routier :

Le lithium est le 33ème élément le plus abondant sur Terre. L'USGS (Institut d'études géologiques des États-Unis) dans un rapport estime que les ressources de lithium économiquement exploitables de lithium sont de 62 millions de tonnes.

En 2016, la demande globale de lithium était de 201 000 tonnes. En gardant ce niveau de consommation, on aurait du lithium pour 308 ans.

Mais la demande de lithium va très probablement fortement augmenter dans les années qui viennent. En considérant qu'elle augmenterait de 300% (603 000 tonnes), on en aurait, avec les ressources actuellement estimées, pour 103 ans de consommation.

En outre, l'exploitation de lithium marin ou de lithium issu des eaux thermales permettrait de grandement augmenter le volume de ressources exploitables.

Précisons également que l'on sait recycler le lithium présent dans les batteries automobiles. Cela n'est que peu fait pour le moment car le coût reste élevé et recycler le lithium à 100% ne serait donc pas rentable.

En revanche, plus le lithium se fera rare, plus le prix sera cher, donc plus le recyclage se généralisera, devenant alors rentable.

De plus, nous savons substituer le lithium. Par exemple en utilisant des accumulateurs lithium fer phosphate, moins demandeur en lithium, des batteries au cobalt, au nickel.

Ou encore, le plus prometteur, des accumulateurs sodium-ion qui reposent alors sur une ressource presque infinie : le sodium, sans parler des batteries au graphène.

De manière générale, la raréfaction d'une ressource entraîne une hausse de son prix, ce qui conduit à la recycler ou à la substituer, dans une logique purement économique de recherche de la rentabilité.

En ce qui concerne la pénurie d'eau, il convient de préciser que l'épuisement de certaines nappes phréatiques est compensable par l'adoption de techniques de dessalement de l'eau de mer, notamment par osmose inverse, permettant ainsi de maintenir un approvisionnement en eau.

Le changement climatique n'est pas dû à l'Homme.

Nous n'aborderons pas ce point qui relève de climato-scepticisme (auquel nous n'adhérons pas) et non d'une critique directe à la collapsologie.

Il reste encore énormément de pétrole sous Terre

Ici Absol évoque pour la seconde fois le taux de retour énergétique (TRE). Ce dernier n'est toujours pas un bon indicateur, comme nous l'avons expliqué ci-dessus.

Le taux de retour énergétique n'est pas un bon indicateur, si la source d'énergie primaire n'est pas la même que la source d'énergie extraite. Nous pouvons ainsi tout à fait exploiter des gisements à TRE faible voire négatif. Ce qui n'est pas une bonne chose du point de vue climatique. Il serait souhaitable que nous ayons moins de facilité à extraire des hydrocarbures, comme l'explique bien Absol.

La collapsologie n'est pas une science, c'est une dérive sectaire, etc.

Nous ne nous attarderons pas sur tous ces points. Il s'agit de critiques de surface, plus que de critiques sur le fond. Nous n'en parlerons donc pas.

Les collapsologues ne proposent aucune solution

C'est une critique de surface, plus qu'une critique sur le fond. Nous préférons donc ne pas l'aborder ici. Même si nous ne partageons pas l'avis d'Absol lorsqu'il estime qu'il "faut diviser notre mode de vie par 6". Non, nous pouvons lier éco-responsabilité et confort, en passant d'une société reposant sur les énergies fossiles à une société reposant sur des énergies décarbonées (nucléaire, énergies renouvelables où elles sont utiles, électrification, recours à l'hydrogène…) et en mettant en oeuvre d'ambitieux plans de décarbonisation.

Le côté fataliste de la collapsologie empêche l’initiative

C'est une critique de surface, plus qu'une critique sur le fond. Nous préférons donc ne pas l'aborder ici. Cependant, pour réagir aux propos d'Absol, si la collapsologie peut engendrer l'action, cette dernière n'est généralement pas dirigée vers la lutte contre un possible effondrement, mais au fait de s'adapter si ce dernier survenait : communautés résilientes, etc. On ne cherche donc plus à améliorer le système, mais à s'adapter à sa chute.

La collapsologie est une prophétie auto-réalisatrice.

Nous partageons ce constat, comme Absol.

L'humanité ne s'est jamais mieux portée qu'aujourd'hui

Il ne s'agit pas là réellement d'une critique à la collapsologie. En effet, nous ne pouvons nier que l'humanité ne s'est jamais mieux portée qu'aujourd'hui, ce qui ne signifie pas que nous soyons arrivés au stade ultime de notre développement ! Il est hors sujet, comme le dit Absol.

Nous ne sommes plus dépendants de la biodiversité

Un point très intéressant, puisqu'Absol cite une partie de la critique que nous lui avions adressée !

Nous expliquions alors que l'humanité pouvait être déjà "quasi-indépendante" de son environnement. Que ce soit au niveau de l'agriculture (OGM, fermes urbaines, serres, maîtrise de l'irrigation…), ou même de la météo. En effet, nous savons faire pleuvoir artificiellement.

Dans une plus large mesure, nous pourrions même refroidir artificiellement la Terre.

Cependant, cela ne veut pas dire que ces techniques sont à préconiser, et qu'elles sont parfaites. Comme nous le disions :

Cependant ces techniques comportent une part d'incertitude, et doivent être plus largement étudiées. En outre, elles ne doivent pas être une excuse pour ne pas se concentrer sur le chantier principal : la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La géo-ingénierie ne semble donc pas indiquée pour le moment, et la décarbonisation semble demeurer une alternative bien plus viable.

Dans la critique que nous faisions à Absol, nous axions plus notre propos sur l'agriculture et la biodiversité. Et nous trouvons que la réponse que nous a adressée Absol est presque malhonnête.

Il déclare :

Outre la question éthique de ne voir la biodiversité que sous le prisme de son utilité pour l'humanité qui ne manquera pas de faire grincer des dents bon monde […]

Ce que nous ne faisons pas ! Nous affirmons que cette "sixième extinction de masse" n'aurait pas d'effets dévastateurs sur l'humanité. Est-ce pour autant que nous déclarons qu'il ne faut pas la combattre ? Pas du tout ! Nous expliquons tout le contraire ! Le procès que semble nous faire Absol nous paraît déplacé.

Je rappelle que le phytoplancton qui produit la moitié de l'oxygène sur Terre fait partie de la biodiversité.

Nous disions bien "quasi-indépendants de la biodiversité", pas totalement ! Ici Absol utilise l'argument de l'homme de paille, il nous prête des pensées qui ne sont pas les nôtres.

Je ne suis pas sûr non plus qu'on soit indépendants des rats qui consomment chaque année 92 000 tonnes de déchets rien qu'à Paris selon le fond mondial pour la nature.

Encore une fois, nous n'avons pas dit ça. De plus, nous n'avons jamais dit que nous étions dès maintenant largement indépendants, nous disions que nous pouvions l'être, que nous nous savions nous adapter à de tels événements !

Pour reprendre l'exemple des rats : si nous le voulions, en mettant en place des politiques de gestion des déchets ambitieuses et de recyclage, nous pourrions largement s'adapter à leur disparition (ce qui ne signifie pas que leur disparition est souhaitable, encore une fois).

C'est quand même fou de se dire qu'on va investir du temps, de l'argent et des matières premières dans la création de robots pour faire ce que certains insectes font déjà gratuitement de manière naturelle. Enfin bon c'est peut-être moi qui ne suis plus dans l'ère du temps.

C'est en cela que nous trouvons sa critique malhonnête. Si nous disons que nous saurions nous adapter à la disparition des abeilles, ça ne veut pas dire que c'est souhaitable ! Absol détourne nos propos. Nous expliquons que même dans le pire des cas si les abeilles disparaissaient nous saurions nous adapter, et que donc leur disparition n'était pas forcément synonyme de fin de l'humanité, voilà tout !

Nous pourrions aussi nous interroger sur l'extrait choisi par Absol. En effet, pourquoi ne pas avoir évoqué ce que nous disions dans le paragraphe qui précédait celui cité, qui expliquait que les abeilles ne vont pas disparaître, en citant notamment les chiffres de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature ?

Quoi qu'il en soit, nous estimons qu'Absol a, peut-être inconsciemment et involontairement, détourné un tantinet nos propos, et que sa réponse ne répond pas à ce que nous disions.

On s'est déjà relevé de crises majeures

Cet avant-dernier "contre-argument", encore une fois, ne s'attaque pas directement aux constats du mouvement "collapsologique".

Mais Absol estime que la fin des hydrocarbures signifierait la fin du monde tel que nous le connaissons, et de la croissance. C'est ce constat même que nous critiquons tant. Comme nous l'avons pu expliqué dans notre premier article, nous savons nous adapter à la fin des hydrocarbures sans avoir à décroître ! Mieux, cette adaptation suppose des investissements massifs et de réinventer nos modes de production, de transport… ce qui génère de la croissance ! Joseph Stiglitz (prix nobel d'économie) l'expliquait :

La transition énergétique va même alimenter la croissance. […] Un PIB vert est possible.

Et l'on ne peut pas dire que ce soit le plus grand défenseur du système actuel.

Le génie humain et les progrès techniques nous sauverons

Nous ne pouvons pas ici développer ce point, puisqu'Absol compte le traiter dans une prochaine vidéo.

Conclusion

La majorité des "contre arguments" choisis par Absol ne sont ainsi que des arguments de façade qui ne s'attaquent pas factuellement en profondeur à l'analyse de la collapsologie, en se basant sur des chiffres, des faits, et des études scientifiques (ce que nous faisons).

Nous ne pouvons considérer que cette vidéo constitue une "antithèse", contrairement à ce qu'affirme Absol. Elle n'est qu'une réponse à des critiques isolées, en majorité non constructives et mal traitées par Absol (dans le cas de la critique qu'il nous adresse, par exemple).

Nous pensons qu'Absol manque de neutralité sur le sujet (ce qui n'est pas mauvais en soi du moment qu'il l'admet). En bref, si nous partageons l'avis d'Absol sur certains points, certains arguments qu'il avance sont très discutables, et nous déplorons le manque de réponses aux propos (comme le nôtre) s'attaquant au fond de la théorie.




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