Reponse Energieetclimat Decroissance Subie


Allons-nous vers un déclin économique par contraction subie de l'approvisionnement en énergie fossile ?


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Introduction

Nous avons récemment débattu sur Twitter avec un internaute, @energieetclimat. Celui-ci, au cours de l'une de nos conversations, a déclaré ceci :

La décroissance est inéluctable d’après Jancovici car la croissance économique est aujourd’hui majoritairement assurée par des machines, qui elles mêmes fonctionnent majoritairement avec des énergies fossiles. En l’absence d’alternative similaire aux energies fossiles, le déclin, nécessairement physique, des stocks d’énergie fossile entraînera une forte contraction économique.

Un propos qui mériterait quelques éclaircissements. @Down_Ra226, membre de Construire l'Avenir, a souhaité livrer cette réponse :

Ce Tweet pose 2 questions :

  • 1. Celle des stocks d’énergie fossile disponibles et de la dépendance de notre économie à celles-ci (80% de l’énergie que nous consommons dans le monde est d’origine fossile).
  • 2. La question de la substitution de ces énergies fossiles : est elle illusoire ? L’humanité est elle condamné à consommer essentiellement pétrole/gaz/charbon ?

Nous ne nous concentrerons ici que sur la question d'ordre énergétique.

Aujourd’hui, notre économie "tourne" aux énergies fossiles. L’énergie que nous consommons le plus en Europe est le pétrole. La moitié de ce pétrole est utilisé dans les transports routiers : voiture particulière, poids lourd/camionnette, 2 roues…

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Le pétrole est l’énergie fossile qui se transporte le plus facilement, et voyage le plus entre son lieu de production et de consommation. Lorsque l’on regarde nos consommations et productions de pétrole on remarque que pratiquement chaque année, nous produisons plus de pétrole que nous n'en consommons. Cela c’est accentué ces 10 dernières années. L’Europe s’approvisionne auprès de très nombreux pays.

Dans le monde, en 2019, nous avons produit 135 millions de tonne de pétrole de plus que nous n'en avons consommés, mais nous aurions pu en produire encore plus si la demande avait été plus forte.

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Nous ne sommes donc pas au maximum de nos capacités de production au niveau mondiale, et d’importation au niveau européen. Nous produisons tellement de pétrole que le nombre de baril stocké n’a jamais été aussi élevé dans l’OCDE depuis 10 ans. La France à un stock d’environ 6 mois (nous pouvons tenir 6 mois sans aucune importation).

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Il est donc intéressant de se demander si cette situation de surabondance va perdurer. La réalité est que nous ne voyons pas vraiment la fin des réserves. Depuis 70 ans, des prédictions sont faites disant qu’il ne nous resterait plus que 30, 40, 60 ans de pétrole. Des tas d’estimations de nos réserves sont réalisées chaque année. De nouvelles découvertes sont faites chaque année bien que ce rythme de découverte ait nettement ralenti, pour autant nous ne voyons clairement pas “la fin du pétrole”, notamment en raison du fait que nous n'exploitons encore très peu les pétroles non-conventionnels, mais qui le seraient beaucoup plus si le pétrole conventionnel venait à sérieusement se raréfier.

Néanmoins, on me répondra bien évidemment :

les quantités d’hydrocarbures étant finies nous allons épuiser un jour ces ressources et subir un déclin du fait de la dépendance de notre économie et du transport au pétrole.

On explique souvent que nous n’arriverons pas à substituer massivement les hydrocarbures, notamment le pétrole dans les transports.

Sauf que cela est parfaitement faux.

Par le passé beaucoup ont fait l'erreur d’utiliser des raisonnements empirique se basant sur des preuves et des faits passés pour tenter de prédire l’avenir : Malthus, Hubbert ou Ehrlich ont utilisé ce type de raisonnement dans l’agriculture et le pétrole notamment. L’histoire leur a donné tort.

Malthus avait prédit que la production agricole ne pourrait pas suivre la croissance de la population (étant donné que les rendements n'augmentent pas suffisamment).

"Si elle n'est pas freinée, la population s'accroît en progression géométrique. Les subsistances ne s'accroissent qu'en progression arithmétique… Les effets de ces deux pouvoirs inégaux doivent être maintenus en équilibre par le moyen de cette loi de la nature qui fait de la nourriture une nécessité vitale pour l'Homme."

- Malthus, 1798

Hubbert tenta lui de prédire l'évolution de la production de pétrole (ses prédictions sont en pointillés).

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Notre monde étant en perpétuelle évolution technique, baser des prévisions sur des événements passés peut donc amener à des erreurs. Pour le pétrole, étant donné que les transports fonctionnent quasi-exclusivement avec, on peut se demander si l’on peut s’en passer et transitionner vers d’autres sources d’énergie. Intéressons nous à la consommation de pétrole dans les transports en France.
Le véhicule particulier est le premier poste de consommation. Le nombre de voiture en service en France (environ 39 millions de véhicules) n’augmente plus depuis 2010 du fait de la demande. Etant donné que nous sommes en surproduction de pétrole nous pourrions avoir bien plus de véhicules en service si la demande était plus forte.

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En France la consommation de pétrole, tous types de transport confondus, stagne depuis le début des années 2000.

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Maintenant, intéressons-nous à l’évolution du parc automobile, notamment à l’évolution des ventes de véhicule électrique. En 2019, du fait des aides accordées par les gouvernements européens dans l’achat d'un véhicule électrique, les analystes du secteur prévoyaient une très forte hausse des ventes pour 2020.

Ces prédictions se sont effectivement réalisées, la vente de véhicules électrique ayant connu une croissance particulièrement forte en 2020 en France (et en Europe).

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En réalité la croissance des ventes n’est pas anecdotique, elle est le début d’une transition énergétique massive du transport terrestre qui n’est pas prête de s’arrêter. Le rapport prospectif annuel de BloombergNEF sur les marchés automobiles prévoit une part d’environ 50% de véhicules électrique au niveau mondiale en 2040, cette croissance serait particulièrement forte en Europe et en Chine.

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Les aides, la baisse du coût et les progrès réalisés dans les batteries contribuent au développement de l’électrique.

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En France et en Europe, le nombre de véhicules au total n’augmentant plus, l’arrivé de l’électrique va enclencher une chute de la consommation de pétrole utilisé dans l’automobile et dans le transport routier en général. Au niveau mondial, 1 million de barils de pétrole sont économisés chaque jour du fait du développement du véhicule électrique (l’électrique représentant actuellement 3% du marché mondiale). Ce chiffre devrait atteindre 17,6 millions de barils en 2040.

Aux Etats-Unis, c'est le nombre de camions électriques qui devrait exploser, passant de 2000 fin 2019 à 54 000 d’ici 2025, selon une étude de Wood Mackenzie.

Lorsque l’on parle de substitution du pétrole certains mythes ont la vie dure : le fait que le pétrole serait une énergie "supérieure", abondante et peu cher ce qui la rendrait difficilement substituable est donc partiellement faux dans ce cas présent (le transport automobile). L’électrique pourrait aussi être considérée comme "supérieure" sur certains aspects : un moteur électrique dispose par exemple d'un rendement bien plus élevé qu'un moteur thermique.

Une autre erreur récurrente lorsque l’on se demande si l’électrique peut remplacer le moteur thermique est de raisonner en quantité d’énergie et d’en déduire qu’il faudrait autant de production d’électricité que de pétrole. Sauf que ce n’est pas du tout le cas, du fait du rendement bien plus élevé du moteur électrique (comme expliqué précédemment) et surtout parce que la production d’électricité n’a rien avoir avec le pétrole et la station essence (les énergies ne sont pas comparables).

Ces raisonnements comparatif en énergie primaire ou autre comparaison de ce type n’ont donc pas de sens. Ce thread l'explique très bien. A ce titre, une étude par RTE et Avere-France a expliqué que nos moyens de production d’électricité actuels nous permettaient largement de subvenir aux **16 millions de véhicules électriques supplémentaire prévus pour 2035/2040.

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Sur le long terme, même si on va avoir une augmentation de la consommation en électricité et que cela nécessitera de nouveaux moyens de production, l’électrification de nos machines (autres que l’automobile) ne va pas demander de multiplier par 3, 5 ou 10 nos moyens de production.

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L’électrification de nos machines aura surtout pour conséquence de nous forcer à davantage utiliser nos moyens de production d’électricité actuels. Bien sûr, il va falloir renouveler nos moyens de production actuels qui n’ont pas une durée de vie indéfinie. Si nous choisissons de nous lancer dans l’hydrogène pour le transport aérien, maritime et routier de longue distance, nous aurons besoin de nouveaux moyens de production (production d'hydrogène par électrification, si l'on veut produire un hydrogène réellement bas-carbone). La viabilité économique et technologique de l’hydrogène reste à démontrer à large échelle. D’autres pistes existent (carburant alternatif, agro-carburant, ammoniac…).

Revenons au transport routier : la production de véhicules électriques et de batteries nécessite de l'énergie. Cette énergie peut venir du nucléaire comme c'est le cas en France.

Bien sûr, actuellement l'essentiel des cellules lithium-ion composant les batteries est produit en Asie où l’électricité vient en majorité du Charbon (le mix électrique chinois devrait beaucoup évoluer dans les 60 prochaines années). Les réserves actuelles de lithium sont estimées à environ 100 ans en prenant en compte l’évolution de la consommation (les estimations de ressources évoluent au fur et à mesure des découvertes de gisement). Ce chiffre augmente infiniment si nous prenons en compte les réserves marines. Nous serions donc parfaitement capables de substituer ou recycler le lithium s’il venait à se raréfier. En effet, le recyclage du lithium est possible et deviendrait la norme si la ressource se raréfiait : le prix de la ressource augmenterait fortement et rendrait donc le recyclage plus intéressant économiquement.

L'électrification des transports va donc conduire à un déclin de la consommation de pétrole, d’autant plus fort en Europe. Ce déclin n’est pas contraint par une quelconque raréfaction/épuisement d’une ressource, mais bien par un changement de technologie et de sources énergie. Ce changement est tellement massif que certains constructeurs automobiles tels que Volvo ont décidé de se focaliser essentiellement dans la production de véhicules électriques et hybrides.

Intéressons nous désormais à l’évolution de la demande en pétrole du fait de ce changement :

Elle devrait passer son pic autour de 2025 pour les transports routiers, et 2033 tous usages confondus.

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La production de pétrole suivant la demande, va donc elle aussi passer par un pic puis diminuer. Le pic se situera probablement aux alentours de 2035.

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Nous allons in fine laisser beaucoup beaucoup de pétrole sous nos pieds, parfaitement exploitable. Nous n’allons pas non plus substituer 100% du pétrole, cela est complètement illusoire de le penser. Nous continuerons d’en utiliser.

Concernant les autres hydrocarbures, Charbon et gaz, nous savons déjà parfaitement les substituer dans la production d’électricité (la France l’a fait il y a 40 ans grâce au nucléaire et à l’hydro-électrique) ou dans le chauffage.

Pour autant, il y a bien un énorme défi à relever au 21ème siècle : celui du changement climatique. Ces substitutions ne devrait normalement pas permettre de tenir un scénario 2°, nous allons devoir nous adapter.

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Conclusion

Pour conclure, ce ne sont pas les ressources géologiques en hydrocarbure qui vont nous contraindre à décroître économiquement.

Le pétrole est parfaitement substituable dans les transports : on l’observe déjà en ce moment.

L’âge de pierre ne s’est pas terminé faute de pierre.

L’âge de bronze ne s’est pas terminé faute de bronze.

L’âge des énergies fossiles ne se terminera pas faute de combustibles fossiles.


Par Down-To-Earth




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