Reponse Rivasi


Les députés d'Europe Ecologie Les Verts votent contre le climat


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Le Parlement Européen a adopté en novembre une résolution liée COP25 pour lutter contre le changement climatique. Cependant, les députés européens d’Europe Écologie Les Verts ont voté contre l’intégralité de la résolution.

Michèle Rivasi, ancien directrice de Greenpeace-France et députée européenne a publié sur le site d'EELV un article afin d'expliquer les raisons de ce vote.

Analysons son argumentation

Un cheval de Troie français s’est incrusté dans le paragraphe sur l’énergie nucléaire de la résolution sur la COP 25.

Une version pro-nucléaire de cet amendement ayant finalement été adoptée, les eurodéputé·e·s Europe Écologie ont dû voter contre la résolution sur la COP 25 malgré d’autres belles avancées dans le texte.

On apprend qu'un seul article sur 126 leur a posé problème. Le voici :

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On passe donc d’un article dogmatique voulant faire sortir l’Union Européenne du nucléaire à un article plus neutre qui admet que l’énergie nucléaire contribue à atteindre les objectifs climatiques étant donné qu’il s'agit de la technologie de production électrique pilotable la plus décarbonée.


Les émissions du nucléaire

Michèle Rivasi continue :

Ce genre de paragraphe pro-nucléaire s’immisçant dans les textes climatiques est très dangereux.

Le choix politique du nucléaire ne peut que reposer sur la tentative de sauvegarde d’une industrie en échec, mais elle ne peut être présentée comme une réponse aux enjeux climatiques.

Les promoteur·euse·s de l’industrie nucléaire aiment beaucoup orchestrer le petit refrain d’une énergie dite « décarbonée » afin de rendre le nucléaire incontournable pour endiguer le réchauffement planétaire.

Mais l’énergie nucléaire n’a pas les capacités d’être une solution pour le climat. 

Cependant, l’article 56 est davantage un article pragmatique rappelant des faits qu’un article « pro-nucléaire ». Le nucléaire est en effet une énergie décarbonnée, n’en déplaise à EELV.

Si l’on considère l’ensemble de son cycle de vie, de l’extraction du minerai à la gestion des déchets radioactifs en passant par la construction, l’exploitation et le démantèlement des réacteurs, l’énergie nucléaire émet en moyenne 12gCO2/kWh avec une fourchette comprise entre 3,7 et 110 gCO2/kWh.

Cette fourchette large s’explique notamment par les émissions indirectes, très variables d’une installation nucléaire à une autre, et suivant la région du monde concernée.

Avec ce bilan carbone, il est davantage pertinent de mettre en balance l’atome avec les renouvelables qui ont des émissions comparables, qu’avec les énergies fossiles.

Michèle Rivasi confond ici moyenne et médiane, le nombre de 12gCO2/kWh étant une médiane. Les émissions de CO2 de l’énergie nucléaire en France sont estimées à 6gCO2/kWh selon cette étude en comptant le cycle de vie complet. Ce nombre est donc inférieur aux médianes de l’éolien (16 grammes), de l’hydroélectricité (24 grammes) ou encore du solaire photovoltaïque (46 grammes). D'autant plus que le nucléaire est une énergie pilotable, donc non intermittente.

Le nucléaire, une énergie chère qui ne pèse rien ?

En outre, le facteur nucléaire est aujourd’hui secondaire dans l’équation énergétique et climatique dans le monde. Les 453 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans le monde ne pèsent que pour 10% de l’électricité mondiale et ne fournissent qu’un peu plus de 2 % de la consommation d’énergie finale. Pour que l’énergie nucléaire pèse de façon significative, il faudrait changer d’ordre de grandeur en déployant des milliers de nouveaux réacteurs sur le globe. Une perspective irréaliste, aussi bien sur le plan économique que géopolitique ou technique. Leur construction s’achèverait trop tard pour avoir un quelconque impact : les réductions des émissions de CO2 doivent avoir lieu dans les 10 prochaines années, pas après. Se focaliser sur la France, avec ses 75% de nucléaire dans la production d’électricité, est trompeur. Dans le mix énergétique français, l’atome y participe seulement à 18 % et la priorité reste aujourd’hui de réduire la consommation d’énergie. Les efforts de décarbonation doivent surtout être menés dans les transports (responsables de 30 % des émissions françaises), le bâtiment (20%) et l’agriculture (20%). De plus, le nucléaire coûte de plus en plus cher à côté des énergies renouvelables toujours plus propres, sûres et compétitives. Alors que le démantèlement d’une centrale nucléaire est un casse-tête exorbitant, les composants des ENR sont eux facilement recyclables et représentent des débouchés prometteurs en matière d’emploi.

18% du mix d’énergie primaire en France, c’est déjà énorme ! Et on peut augmenter ce chiffre !

La part d’énergie nucléaire dans l’électricité était d'ailleurs par le passé plus élevée au niveau mondial, nous l'apprend le GIEC :

L’énergie nucléaire est une source d’électricité en charge de base, à faible émission de GES, parvenue à maturité, mais sa part dans la production mondiale d’électricité décline depuis 1993. Elle pourrait apporter une contribution croissante à l’approvisionnement en énergie sobre en carbone, mais divers risques et obstacles y sont associés (éléments robustes, degré de cohérence élevé). En 2012, la puissance nucléaire installée représentait 11 % de la production mondiale d’électricité, soit une baisse par rapport au maximum de 17 % enregistré en 1993. La tarification des externalités des émissions de GES (tarification du carbone) pourrait améliorer la compétitivité des centrales nucléaires.».

De plus, décarboner l’électricité est un levier essentiel pour la décarbonisation de l’économie ! Couplée à une électrification ambitieuse, notamment de nos moyens de transport, elle est un pivot.

Le GIEC explique :

La décarbonisation (à savoir la réduction de l’intensité carbone) de la production d’électricité constitue un élément clé permettant aux stratégies d’atténuation d’un bon rapport coût-efficacité d’atteindre des niveaux de stabilisation bas (entre 430 et 530 ppm éqCO2) [du CO2 dans l’atmosphère]

De plus, Michèle Rivasi explique que le nucléaire n'est pas rapidement déployable. Cela n'est pas totalement vrai. En effet, les technologies des SMR (Small Modular Reactors) permettent un déploiement rapide et massif du nucléaire.

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Aussi, d’un point de vue économique, le nucléaire reste tout à fait compétitif, le prix de l’électricité en France (pays très nucléarisé) est moins élevé que la moyenne européenne. Alors qu’au contraire, le prix de l’électricité en Allemagne (pays qui a décidé de sortir complètement du nucléaire et qui a fortement investit dans les énergies renouvelables) est le deuxième pays de l’Union Européenne où l'électricité est la plus chère. Sans même avoir pu réduire les émissions de gaz à effet de serre (de par le recours aux centrales à charbon et à du gaz, notamment pour gérer l'intermittence des énergies renouvelables).

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Globalement, il faut comparer ce qui est comparable :

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Le nucléaire, une énergie dangereuse et sale ?

Enfin, les promoteurs de cette énergie soi-disant peu carbonée oublient de mettre dans leur amendement que c’est une énergie dangereuse, non viable économiquement et sale. La production d’électricité d’origine nucléaire génère des quantités démesurées de déchets : chaque année, 23 000 m3 de déchets nucléaires sont produits, dont une partie sont hautement radioactifs et le resteront pendant plusieurs milliers d’années.

Michèle Rivasi reprend un argumentaire classique, similaire à celui qu'utilisait Greenpeace dans un article auquel nous avions répondu.

Comme Greenpeace, Michèle Rivasi évoque la dangerosité du nucléaire. En réalité, le nucléaire français est, avec les REP (Réacteurs à Eau Pressurisée), et notamment les EPR (qui font partie de la filière des REP), une énergie extrêmement sûre, contrôlée très régulièrement par l'ASN (organisme indépendant). Les technologies utilisées sont différentes de celles utilisées, par exemple, à Tchernobyl et Fukushima. En outre, les conditions de sécurité à la suite de ce dernier incident ont été considérablement renforcées, et les conditions géologiques étaient totalement différentes à celles auxquelles nous sommes confrontés en France. Rappelons également que l'ASN veille à ce que les centrales soient complètement protégées en cas de séisme et d'inondation. La FARN (Force d'action rapide du nucléaire) effectue d'ailleurs régulièrement des mises en situation grandeur nature.

En outre, les réacteurs sont aujourd'hui enfermés sous plusieurs couches d'enceintes de confinement qui sont capables de résister à des chocs très conséquents et qui, par exemple, en 1979 ont permis de confiner la fonte d'un réacteur entier dans l'enceinte de la centrale. Aucun dégât extérieur n'a été recensé. Il s'agit de l'accident de TMI (Three Mile Island).

Enfin la rupture du barrage de Banqiao, en Chine, a entraîné la mort de plus de 150 000 personnes. Pour un seul incident. L'industrie hydraulique semble donc être bien plus dangereuse et moins sûre que l'industrie nucléaire. Faut-il interdire les barrages et les démanteler ? Ce serait stupide. Pourtant c'est ce que l'on dit pour l'industrie nucléaire.

Michèle Rivasi oublie également de dire que les déchets à haute activité représentent une très faible quantité des 23 000 m3, les autres étant facilement traitables voir inoffensifs pour ceux de faible activité. On notera également le ridicule « soi-disant peu carbonée ».

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Laydgeur, sur Twitter avait représenté l'intégralité du volume de déchets nucléaires produits depuis 60 ans, répartis en plusieurs cubes en fonction de leur activité.

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La catégorie de déchets réellement dangereuse est représentée par le cube rouge. Le voici ci-dessous mis en comparaison avec le port de Marseille :

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Cela ne nous semble pas impossible à gérer.

Conclusion

Le Parlement européen a décrété l’état d’urgence climatique et pousse les États membres à être ambitieux lors de la COP25. C’est une bonne nouvelle mais je continuerai à me battre pour qu’aucun euro ne soit dépensé dans les énergies fossiles, ni dans l’industrie défaillante du nucléaire qui cherche une bouée de secours dans les investissements climatiques.

Cet extrait suffit à résumer le dogmatisme contre-productif d’EELV par rapport à l’énergie nucléaire. En conclusion, le parti est d’accord pour voter l’Etat d’urgence climatique symbolique mais s’oppose à sa mise en œuvre pratique.

C'est en se reposant sur des arguments mensongers et fallacieux qu'EELV a voté contre les objectifs climatiques de l'Union Européenne :

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Le résultat du vote au Parlement Européen.

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La composition du Parlement européen par groupe parlementaire.

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