Royaume Uni Revolution Verte


La Révolution Verte au Royaume-Uni : le plan de Boris Johnson


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Hier soir, le gouvernement britannique a rendu public son plan pour une « Révolution Industrielle Verte », synthétisé en dix objectifs, piliers de la stratégie de décarbonation du Royaume-Uni.

Bien sûr, il n'est pas le premier à avoir mis au point des stratégies pour le climat. De nombreux gouvernements de nombreux pays l'ont déjà fait : ambitieux, ces objectifs fantasmés se heurtent souvent au réel, et ne changent guère la donne. Mais si nous avons trouvé légitime de s'attarder sur le plan britannique, c'est parce qu'il diffère substantiellement de tout ce qui a été fait avant en Europe : pro-nucléaire, ambitieux et technophile, c'est une vraie ode à l'écomodernisme que nous dresse ici le leader du parti conservateur.

Les dix objectifs du gouvernement britannique pour une « Green Industrial Revolution » (révolution industrielle verte) entendent réduire l'empreinte carbone du pays tout en permettant la création de 250 000 emplois. Loin des fantasmes des décroissants français, le gouvernement conservateur de Grande Bretagne compte bien concilier la prospérité économique avec la prospérité environnementale.

Ces mesures, qui placent le pays à l'avant-garde des pays développés dans la lutte pour la décarbonation de nos sociétés, les voici :

Investir dans l'éolien offshore

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Le premier objectif concerne la production énergétique, plus spécifiquement l'éolien. C'est dans la mer que Boris Johnson voit l'avenir de l'énergie renouvelable puisqu'il entend quadrupler la puissance électrique installée des éoliennes offshore, pour l'amener à 40 GW. En supposant que lesdites éoliennes produisent de l'électricité 40,5% du temps (le facteur de charge moyen de l'éolien offshore au Royaume-Uni en 2019), ces éoliennes pourraient produire chaque année environ 4 Twh. Boris Johnson prévoit que ces investissements pourraient permettre la création de 60 000 emplois.

Nous avions déjà fait part de nos réticences autour de l'éolien. L'éolien offshore, il est vrai, présente bien plus d'avantages que l'éolien terrestre. Mais en l'état, cette mesure reste assez anecdotique. Mais elle s'inscrit dans un tout.

Miser sur l'hydrogène

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Le second volet du plan du gouvernement britannique concerne l'hydrogène. Plus précisément, Boris Johnson désire aider l'industrie de l'hydrogène à se développer, en fixant comme objectif de pouvoir générer 5 GW de production d'hydrogène à faible teneur en carbone d'ici 9 ans. Cet hydrogène pourra trouver des utilités dans les secteurs industriels, dans les transports, la production électrique et dans des usages domestiques.

L'hydrogène, très dense énergétiquement (trois fois plus dense que le pétrole) pourrait en effet trouver de nombreuses applications concrètes à l'avenir, notamment dans l'industrie ou dans les transports : les « véhicules à hydrogène », c'est-à-dire les véhicules équipés de piles à combustible, n'émettant que de l'eau à l'usage. Enfin, les récentes annonces d'Airbus qui cherche à assembler le plus vite possible des avions écologiques, fonctionnant à l'hydrogène, laissent là encore présager un fort potentiel de l'hydrogène dans les années et décennies à venir.

Dans l'industrie, l'hydrogène est déjà très utilisé : fabrication de composants électroniques, dans la chimie industrielle pour créer des engrais, dans la métallurgie, etc. Aujourd'hui, cet hydrogène est majoritairement obtenu par la technique de reformage de gaz naturel, un procédé qui rejette beaucoup de dioxyde de carbone, contribuant à l'effet de serre.

Le gouvernement britannique investira jusqu'à 500 millions de livres sterling dans le développement de l'hydrogène domestique dans le but, à terme, de créer un village puis une ville entièrement chauffés à l'hydrogène. Il investira également 240 millions de livres sterling dans le développement d'installations de production d'hydrogène.

Vouloir décarboner l'industrie de l'hydrogène est donc un objectif plus que louable du gouvernement britannique. Ceci pourrait se faire en captant ce dioxyde de carbone émis ou, plus probablement, via des techniques d'électrolyse de l'eau. Nous pouvons en effet décomposer de l'eau à l'aide d'un courant électrique, ce qui nous permet d'obtenir du dioxygène et de l'hydrogène. Ce procédé permet d'obtenir un hydrogène pur. Ce processus ne rejette aucun gaz à effet de serre si tant est que la production d'électricité nécessaire à l'électrolyse soit elle-aussi décarbonée.

Développer massivement le nucléaire

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Décarboner l'électricité est également un des objectifs du gouvernement britannique. Pour ce faire, il entend développer l'éolien offshore, comme établi précédemment, mais surtout le nucléaire, l'énergie bas-carbone et sûre la plus abondante que nous ayons à notre disposition. C'est en effet l'une des spécificités du Royaume-Uni face aux autres grands pays européens comme la France et l'Allemagne : alors que ces derniers discutent d'une sortie progressive du nucléaire, ou de moins de sa réduction dans le mix énergétique, le Royaume-Uni a compris, comme le disent énormément d'experts, que sans nucléaire, la transition énergétique serait bien plus dure, bien plus coûteuse et son issue bien plus incertaine.

Dans sa stratégie de développement du nucléaire, le gouvernement conservateur accorde une grande place aux réacteurs de nouvelle génération, et notamment aux SMR (« Small Modular Reactors », soit « petits réacteurs modulaires ») : des réacteurs nucléaires miniaturisés, facilement et rapidement déployables (voir illustration). Une bonne stratégie lorsque l'on connaît le potentiel de ces technologies, et le retard de l'Europe en la matière. Ce faisant, Boris Johnson pense pouvoir soutenir 10 000 emplois, en investissant 525 millions de livres sterling dans le développement de centrales nucléaires à grande et à petite échelle, tout en approfondissant les recherches autour des nouvelles générations de réacteurs, susceptibles de bouleverser radicalement notre manière d'aborder la question énergétique.

Véhicules électriques

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Ce développement du potentiel électrique permettra notamment d'investir dans l'électrification du parc automobile. Le Royaume-Uni compte ainsi relocaliser au maximum la production de ces véhicules sur son territoire, tout en multipliant les bornes de recharge. Le véhicule électrique demeure en effet l'un des meilleurs moyens pour réduire substantiellement nos émissions de gaz à effet de serre. En France, le secteur du transport routier est à l'origine de 30% du total de nos émissions de gaz à effet de serre. Décarboner le secteur pourrait permettre de réduire considérablement notre empreinte carbone, mais nécessiterait la création de milliers de bornes de recharges et l'augmentation de notre potentiel électrique de 100 Twh minimum. Nous avions déjà abordé cette question. Rien d'insurmontable, mais un objectif assurément ambitieux qui nécessite de s'y prendre tôt.

En terme de décarbonation du parc automobile, Boris Johnson pose un objectif fort et ambitieux : il souhaite l'interdiction de la vente de nouvelles voitures et camionnettes à essence et diesel d'ici 9 ans, soit dix ans plus tôt que prévu initialement ! Toutefois, il est précisé que les véhicules hybrides se reposant suffisamment sur l'électrique seront autorisés à la vente jusqu'en 2035.

Le gouvernement de Boris Johnson investira :

  • 1,3 milliards de livres sterling pour accélérer le déploiement de bornes de recharge pour véhicules électriques dans les maisons, les rues et sur les autoroutes.
  • 582 millions de livres sterling de subventions pour les acheteurs de véhicules bas-carbone, afin d'inciter le plus de personnes à opérer cette transition.
  • Près de 500 millions de livres sterling dans la production de masse de batteries pour véhicules électriques.

Il désire également éliminer progressivement les nouveaux poids lourds diesels, sans donner plus de précisions.

Les transports publics, le vélo et la marche

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Le cinquième objectif concerne les transports publics, le vélo et la marche. Le gouvernement de Boris Johnson désire en effet rendre « le vélo et la marche » plus attractifs (quoi que cela veuille dire), et investir dans les transports publics zéro émission du futur, toujours dans l'optique de réduire l'empreinte carbone des déplacements. Cela pourrait par exemple passer par le développement d'hyperloops. 5 milliards de livres sterling seront investis dans ces nouveaux modes de locomotion.

Décarboner le transport aérien et maritime

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Un autre des objectifs du gouvernement britannique consiste en la décarbonation des transports aériens et maritimes. Parfaitement conscient qu'il s'agit sans doute des secteurs les plus difficiles à décarboner pour le moment, il préfère miser sur une recherche massive (notamment autour de l'hydrogène ou du gaz naturel liquéfié). Par exemple, 20 millions de livres sterling seront investis dans la recherche de technologies maritimes propres, et dans l'élaboration de multiples études de faisabilité.

Un travail sur les bâtiments

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Le gouvernement entend « rendre nos maisons, nos écoles et nos hôpitaux plus verts, plus chauds et plus économes en énergie ». Il compte accomplir cet objectif en favorisant la création de 5000 emplois d'ici 2030. Une maison individuelle émettant en moyenne 4 500 kg de CO2 avec un chauffage au gaz naturel et 7 500 kg de CO2 avec un chauffage au fioul, Boris Johnson souhaite voir les pompes à chaleur se développer, en en installant 600 000 par année d'ici 2028.

La pompe à chaleur se caractérise en effet par une très faible consommation d'énergie : Pour 1kWh d'électricité consommée pour fonctionner, la pompe à chaleur restitue 3 à 4 kWh de chaleur. Non contente de baisser considérablement les émissions de gaz à effet de serre, elle permet également de diminuer la facture de chauffage substantiellement, en la divisant par 3 ou 4 !

Au total, le gouvernement dépensera un milliard de livres sterling dès l'année prochaine dans un plan massif d'isolation des maisons et bâtiments publics, nouveaux comme existants.

Développer le captage de carbone

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Le Royaume-Uni a l'ambition de devenir un leader mondial en matière de captage de carbone. Le captage de carbone repose sur des technologies capables de capter du carbone directement à la sortie d'une cheminée (ou directement dans l'atmosphère ambiant).

L'objectif est donné : éliminer 10 mégatonnes de dioxyde de carbone de l'atmosphère d'ici 2030. Le Royaume-Uni sera à l’avant-garde mondiale des technologies de capture, d’utilisation et de stockage du carbone, au profit des régions dont les industries sont particulièrement difficiles à décarboner.

Deux pôles de capture du carbone seront financés au milieu de 2020, d'un montant de 200 millions de livres sterling. Deux autres devraient encore être créés par la suite, d'ici à 2030.

Protéger le patrimoine naturel et reforester

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Boris Johnson entend planter 30 000 hectares d'arbres chaque année, pour lutter contre le réchauffement climatique et pour préserver le charme des territoires britanniques. Toujours dans cette optique, il souhaite la création de nouveaux parcs nationaux.

Utiliser l'innovation et la finance

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Pour accomplir tous ces objectifs, Boris Johnson entend développer des technologies de pointe, en faisant de la City de Londres le centre mondial de la finance verte. C'est ainsi qu'il compte, par exemple, investir un milliard de livres sterling dans un « fonds d'innovation énergétique », dédié à la recherche en la matière.

Des digues

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L'objectif n'est pas que de lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi de s'adopter à ses conséquences, chose que peu de gouvernements prévoient. Raison pour laquelle, en plus des dix points susmentionnés, le Royaume-Uni investira 5,2 milliards de livres sterling dans la création de défenses contre les inondations et de digues pour se protéger face à la montée des eaux. Tout cela d'ici 2027.


Conclusion


Le premier ministre déclare : « Mon plan en dix points créera, soutiendra, et protégera des centaines de milliers d'emplois verts, tout en progressant vers le net zéro d'ici 2050 ». Il ajoute : « Notre révolution industrielle verte sera alimentée par des éoliennes d'Ecosse et du Nord-Est, propulsées par les véhicules électriques fabriqués dans les midlands et avancés par les dernières technologies développées au pays de Galles, afin que nous puissions envisager un avenir plus prospère et plus vert ».

Concilier la prospérité avec l'écologie, c'est toute l'ambition de ce plan ambitieux. Bien sûr, ce ne sont que des mots pour le moment et les actions devront suivre pour que de réelles impacts puissent se faire sentir, mais on peut souligner l'audace de ce plan, à contre-courant des mouvances décroissantes et antinucléaires qui, en France, s'accaparent le monopole du sujet écologique en faisant passer en cheval de Troie des mesures toujours plus technophobes et restrictives. Et si l'avenir de l'écologie ne résidait pas dans la multiplication de taxes, de moratoires et d'interdits mais dans un développement technologique sans précédent qui pourrait poser les bases du monde de demain, un monde écomoderniste ?

Damien Conzelmann




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